À la veille des guignolées : Eux et Nous

À la veille des guignolées : Eux et Nous

Il y a Eux. Et il y a Nous. Il ne sera pas question ici de la majorité francophone et des minorités immigrantes. Je voudrais plutôt parler de Nous qui allons bientôt déverser dans des chapeaux ou boîtes de carton des denrées pour les personnes « démunies ». Je voudrais aussi parler d’Elles et Eux, tellement invisibles alors qu’ils seront l’objet de toutes les attentions.

Elles, les mères monoparentales, les femmes immigrantes, pauvres et seules. Elles qui n’élèvent presque jamais la voix tellement elles sont occupées à survivre. Eux, les jeunes de la rue, les travailleurs renvoyés brutalement, les immigrants aux diplômes non reconnus. Eux, on les entend un peu plus. Et puis après? Rien… ou si peu!

 

Elles et Eux auront leur panier de Noël. Ils feront la file, résignés, heureux en même temps de mieux manger pendant une semaine. Ils se demanderont tout de même ce qui leur vaut tant de compassion alors que le reste de l’année, Nous nous accommodons bien de leur pauvreté.

 

Qui ça, Nous? Pas difficile : la majorité plus ou moins silencieuse. Celle qui trop souvent trouve normal que l’on multiplie les gestes charitables mais qui renâcle à l’idée d’augmenter les prestations à la sécurité du revenu, pourtant déjà bien minces.  Remarquez, l’exemple vient de haut.  Un ancien premier ministre québécois n’avait-il pas déclaré avoir du mal à croire que des enfants puissent aller à l’école le ventre vide alors que les oiseaux, avec leur petite cervelle, parviennent à nourrir leurs rejetons ?  Se pourrait-il que les préjugés et la condescendance tiennent souvent lieu d’analyse?

 

Au sein de la majorité, pourtant, beaucoup de personnes engagées se démènent pour chercher à éradiquer la pauvreté. Des femmes, des hommes accompagnent solidairement les personnes pauvres dans des démarches de réinsertion économique et sociale. Des groupes communautaires revendiquent des logements sociaux, une hausse du salaire minimum et une hausse des prestations à la sécurité du revenu. Mais qui les écoute? Quel parti présent à l’Assemblée nationale a un plan d’action pour lutter contre la pauvreté?

 

Participer aux guignolées, c’est bien. Je le fais. Nous le faisons. Mais si, avec Eux, et avec les organismes qui les soutiennent, Nous nous décidions à faire plus? Écrire à notre député pour lui signifier que nos impôts doivent servir à réduire les inégalités. Signer la pétition du Collectif pour un Québec sans pauvreté.  Participer aux lignes ouvertes et ne plus accepter les remarques grossières sur les BS. Elles et Eux sont nos concitoyens, je vous propose de refuser leur misère, leur exclusion et notre indifférence. Je vous propose un Québec juste et solidaire, au delà de la compassion ponctuelle. Je vous propose de mieux partager la richesse. Si on s’y mettait, ensemble ?

 

Françoise David

Porte-parole de Québec solidaire