Le Québec invité à dire non au nucléaire

Québec, le 18 mars 2010. Le député de Mercier dépose aujourd'hui une pétition électronique de plus de 4300 noms qui exige du gouvernement qu'il sorte le Québec du nucléaire. Initiée par les Artistes pour la Paix, la pétition vient réitérer l'opposition de la population à des investissements ruineux dans la production d'énergie nucléaire, tant à Gentilly 2 qu'à Pointe Lepreau.

Les signataires de la pétition exigent également un moratoire sur l'exploration et l'exploitation d'uranium sur l'ensemble du territoire du Québec et le développement d'une expertise québécoise en déclassement nucléaire. Cette pétition vient s'ajouter aux quelque 14 000 signatures déposées en janvier contre l'exploration et l'exploitation de l'uranium.

« Par souci pour la santé des gens, un moratoire est nécessaire sur la prospection d'uranium, partout au Québec », a soutenu Amir Khadir, à l'occasion d'une conférence de presse tenue avant le dépôt de la pétition. « Il est incompréhensible que le gouvernement laisse se poursuivre ces activités minières tant que le comité d'experts de Sept-Îles, chapeauté par la santé publique, n'aura pas terminé son évaluation des conséquences des activités d'exploration.»

L'échec économique du nucléaire

M. Michel Duguay, docteur en physique nucléaire, professeur au département de génie électrique et de génie informatique à l'Université Laval, a présenté les conclusions de son étude inédite dressant un bilan économique et physique des centrales Gentilly 2 et Pointe Lepreau.

Le spécialiste en énergie nucléaire note que, dans le dossier de la réfection de Gentilly 2, Hydro Québec ne semble pas prendre en compte les coûts de correction des 16 problèmes techniques sérieux liés au Candu récemment identifiés par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Hydro-Québec (HQ) sous-évalue ce que coûtera le traitement des déchets radioactifs dans l'avenir. HQ estime les coûts de traitement à 240 000$ la tonne alors que le coût est de près de 1 M $ chez d'autres acteurs internationaux.

« Hydro-Québec devrait renoncer à la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly 2 », a soutenu M. Duguay. « J'estime en effet que le projet de réfection de Gentilly-2 pourrait bien coûter non pas 1,9 G$, mais 4 G$. Ses coûts de production seraient non plus de 0,07$, mais plutôt de 0,15$ le kwh. Autrement dit, la centrale ne sera plus rentable. L'achat de Pointe Lepreau qui a déjà sur place 2 500 tonnes de déchets radioactifs comprend donc un passif de 2,5 milliards de dollars, de sorte qu'Hydro-Québec va acheter à perte. »

La perspective internationale

M. Pierre Jasmin, président des Artistes pour la paix et membre de Pugwash, une organisation internationale récipiendaire du Nobel de la paix en 1995, a abordé la perspective du désarmement nucléaire.

« Par cohérence, nous ne devons pas tolérer que soit produite ici la matière première d'armes nucléaires que nous voulons, par ailleurs, voir bannir », a expliqué M. Jasmin. Dans cet esprit, il a dévoilé une lettre signée par 500 membres de l'Ordre du Canada qui, à l'instar de 93% des Canadiens (d'après un sondage Angus Reid), demandent au gouvernement fédéral de travailler à l'élimination des 23 000 armes nucléaires dans le monde.

« Les Artistes pour la paix membres du collectif Sortons le Québec du nucléaire demandent un moratoire sur l'exploitation de mines d'uranium et exigent la fermeture de Gentilly 2 et l'annulation du contrat d'achat de Pointe Lepreau, deux centrales à la technologie désuète émettrice de tritium», a conclu M. Jasmin.