Dans une lettre adressée aux membres de Québec solidaire, Amir Khadir a annoncé qu’il ne se présentera pas comme porte-parole parlementaire pour son parti et redeviendra « simple » député.

Les statuts de Québec solidaire stipulent que le parti n’a pas de chef, mais bien deux porte-parole nationaux : l’un issu de l’aile parlementaire et l’autre «extra-parlementaire», qui assume aussi la présidence du parti. Pour respecter le principe de parité, un homme et une femme doivent se partager les postes.

M. Khadir agissait comme porte-parole parlementaire depuis son élection en 2008. Mme Françoise David, députée de Gouin, succédera donc à son collègue de Mercier dans ce rôle.

Le poste de présidente et porte-parole extra-parlementaire du parti qu’occupait Mme David avant son élection est donc libre. Le Conseil national de Québec solidaire, qui se tiendra du 30 novembre au 2 décembre, statuera sur son remplacement.

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Lettre d’Amir Khadir aux membres de Québec solidaire

Chères Solidaires,

Je vous écris parce que j’ai une chose importante à vous annoncer. Importante et émouvante pour moi et sensible pour le parti. Mais avant, j’aimerais vous raconter l’histoire de Simorgh.

Simorgh, ou littéralement « Trente-oiseaux », est le plus magnifique des oiseaux de légende. Son secret a été révélé par le poète perse Attar : les oiseaux du monde s’étant rassemblés pour se choisir un roi, la huppe qui les présidait proposa de trouver Simorgh pour le couronner. Partis à sa recherche, trente oiseaux réussirent à traverser tous les périls des sept montagnes, des sept mers et des sept contrées qui les séparaient du lac où l’oiseau mythique avait élu domicile. Sans trace de Simorgh, ils aperçurent leur propre reflet dans le lac pour découvrir que Simorgh n’était nul autre que leur propre envolée, en formation solidaire ! Les oiseaux découvrirent que la force et la beauté qu’ils cherchaient dans le Simorgh pour les mener résident en eux-mêmes, quand chacun, tour à tour, prend la tête de leur magnifique équipée.

Eh bien, cela fera bientôt sept années que je fais partie de l’équipée solidaire dans le ciel politique québécois. À titre de porte-parole, j’ai dû prendre la tête de l’envolée plus souvent qu’à mon tour. Pour affronter le vent tout autant que recevoir les feux grisants de la rampe. J’espère avoir rempli honorablement mes devoirs, car j’en tire moi-même une fierté sans pareille.

Je dois vous confier toutefois que j’attendais avec impatience l’élection de Françoise à l’Assemblée nationale, entre autres parce que cela me permet de mettre à exécution un de mes fantasmes politiques les plus tenaces. Dans mes 35 ans de militantisme, j’ai toujours critiqué le culte de la personnalité. Si la droite peut le tolérer, ce culte est conceptuellement inadmissible à gauche. Malheureusement, quelles que soient ses variantes et l’idée qu’on s’en fait (soviétique, cubaine, tiers-mondiste), ce que le socialisme nous a laissé pour héritage, c’est le modèle de direction individuelle d’un chef, qui peut être charismatique ou pas, mais qui est toujours immuable. Mon fantasme est de contribuer à ce que Québec solidaire rompe de manière visible avec ce modèle. Et l’occasion semble maintenant se présenter.

En 2008, nous avons modifié nos statuts pour nous assurer que le parti aurait en tout temps un porte-parole extra-parlementaire. Or, les deux porte-parole de Québec solidaire se trouvent aujourd’hui à l’intérieur du Parlement. Dans cette condition, pour un parti résolument féministe, la cohérence élémentaire et l’alternance exigent que nous confiions le rôle de porte-parole parlementaire à notre députée. Et qui de mieux dans ce rôle que Françoise, à qui j’ai fait la proposition de se présenter. Ce qu’elle a accepté, tout comme le comité de coordination national.

J’éprouve donc un certain plaisir à voir aujourd’hui se réaliser mon fantasme politique, à savoir que je ne serai pas immuable ! Plaisir et nostalgie entremêlés pour vous annoncer donc que je ne serai plus votre porte-parole national dès que vous aurez choisi votre nouveau porte-parole extra-parlementaire dans les prochaines semaines.

Je dois cependant vous mettre en garde : vous ne serez pas débarrassés pour autant du premier député solidaire! Difficile de changer mon habitude de prendre beaucoup de place lorsqu’il est question de politique. J’espère seulement que vous ne vous en désolerez pas trop souvent. :-)

Amir Khadir
1er novembre 2012