Lettre ouverte aux indépendantistes

Le patronat québécois a été historiquement l’adversaire le plus farouche et le plus efficace de la souveraineté économique et politique du Québec. Nombre d’indépendantistes persistent cependant à entretenir l’espoir qu’une partie de l’élite économique donnera à nouveau un jour, comme en 1995, son feu vert à ceux qui comme la direction du PQ attendent son autorisation avant de solliciter le peuple au rendez-vous avec son avenir.

Force est de constater que les choses ont bien changé. Le segment nationaliste formé par certains barons du Québec Inc. tend à être de plus en plus ténu et isolé. Au cours des 15 dernières années, l’élite économique dominante du Québec a été si bien intégrée à celles de Bay Street et de Wall Street, qu’elle en épouse tous les grands desseins politiques. Il n’y a à mon avis aucune convergence possible entre cette élite et le projet indépendantiste.

Les incroyables compromis et acrobaties politiques effectuées par le Parti Québécois pour rendre service à l’empire médiatique Québecor (Amphitéâtre, Hydro-Québec) auront sans doute été accomplis dans l’espoir d’en faire un allié stratégique dans une éventuelle initiative indépendantiste à venir. Mais aussi exceptionnel et désintéressé que puisse être cet appui (ce qui reste bien entendu à prouver et éprouver), il représente une fraction très minoritaire du milieu patronal Québécois. L’essentiel des forces organisées du secteur privé agit de manière cohérente et constante pour maintenir le Québec dans le statu quo actuel qui lui convient parfaitement.

Pourtant, au cours de ses 8 mois de pouvoir, le PQ a soumis ses décisions, parfois de façon caricaturale, aux désidératas de l’élite d’affaires. Les indépendantistes progressistes qui ont donné leur appui au PQ depuis de très nombreuses années assistent avec découragement à l’incapacité de ce parti à décider de ses orientations en toute indépendance du secteur des affaires. Ceci a entrainé de nombreux revirements pénibles et controversés, qui coutent cher en appui populaire au PQ. Beaucoup se demandent alors comment le parti Québécois compte-t-il susciter l’enthousiasme de la population et obtenir l’appui nécessaire à une majorité, condition nécessaire pour agir de manière décidée et déclencher le processus devant mener à l’indépendance du Québec.

En effet, comment le Parti Québécois compte-t-il inspirer, mobiliser, convaincre la population de faire preuve du courage collectif nécessaire à la réalisation de la souveraineté après avoir renié une fois au pouvoir toutes ses promesses les plus essentielles sur la taxe santé, sur les droits miniers et l’impôt des riches de peur d’effaroucher le milieu des affaires?

Comment veut-il compter sur les couches populaires, après avoir coupé dans les maigres revenus des assistés sociaux sans tenir compte de l’avis contraire de tout le monde à l’exception de quelques animateurs de Radio-X? Comment veut-il attirer les classes moyennes après avoir coupé des centaines de millions en santé et continué à peu près en tout point les projets sournois de privatisation des services et les PPP lancés par les libéraux? Comment le Parti Québécois veut-il mobiliser les secteurs les plus actifs et les plus progressistes, après avoir nommé Pierre Karl Péladeau, adversaire primaire des droits sociaux et de la social-démocratie, si ce n’est de l’État lui-même, à la tête de la plus grande entreprise publique- de quoi faire rager de honte René Levesque dans sa tombe?

Comment veut-il rallier les écologistes, avec le clientélisme désolant qui consiste à troquer un des joyaux du patrimoine naturel du Québec à Val Jalbert pour garder l’appui de quelques caciques locaux et barons du génie-conseil et ce à grands frais pour les contribuables? Quel signal envoie le PQ aux vautours qui rodent alentour de nos ressources naturelles et au reste du monde? Que le PQ est aussi «disposé» que le PLQ de Jean Charest à solder nos ressources à vil prix. Qu’il n’est même pas capable de résister au lobby minier pour respecter un engagement aussi simple et facile que la date butoir de 2035 pour le 50 % de protection du territoire et 20 % du territoire nordique d’ici 2020, reniant du coup nos engagements internationaux.

Est-ce là l’inspiration pour le peuple à qui nous voulons donner le goût de la liberté et de l’indépendance?

Comment le PQ peut-il espérer convaincre notre peuple que la souveraineté est pour son bien, après avoir bafoué ses principes au point de s’en prendre aux plus damnés des mal pris en introduisant l’alcool dans les aires de jeu -connaissant pourtant le grand risque de jeu pathologique qui l’accompagne – ce que même les libéraux n’avaient pas osé faire?

Alors que sur des milliards de bénéfices déclarées les grandes entreprises ne paient que 2% d’impôt effectif au Québec; alors que 90 milliards de l’argent de québécois très nanties et de leurs entreprises se trouvent dans les paradis fiscaux, faute de courage politique et avec une myopie digne de Lucien Bouchard, le PQ a fait son déficit zéro en coupant dans les services et en alourdissant le fardeau des citoyens ordinaires. Pourquoi alors les gens devraient-ils prendre le risque de suivre un parti aussi insensible et timoré dans une aventure aussi engageante et «tumultueuse» que la marche vers l’indépendance?

Des leçons à tirer d’ailleurs

Dans un texte éclairant sur les résultats des élections récentes en Équateur, Atilio Boron, politicologue et sociologue argentin, tente de tirer quelques leçons de la victoire convaincante du président socialiste Rafael Correa qui pourraient bien nous servir. Après 6 années au pouvoir, et en dépit de la farouche opposition des élites d’affaires, des grands groupes médiatiques et même de l’Assemblée nationale, le président sortant Rafael Correa a réussi le tour de force d’accroitre son appui électoral en remportant 58% des voix au premier tour! Ceci est d’autant plus étonnant en apparence que Correa n’avait obtenu que 51% en 2009 et encore moins au premier tour des élections qui ont couronné la «Révolution Citoyenne» de 2006.

Selon Boron, le succès convaincant de Correa prouve « que si un gouvernement obéit au mandat populaire et met en place des politiques publiques dont bénéficient les majorités nationales – ce qui finalement est le sens de la démocratie – la loyauté de l’électorat peut être considérée comme sûre. La manipulation des oligarchies médiatiques, la conspiration des classes dominantes et les stratagèmes de l’impérialisme s’écrasent contre le mur de la fidélité populaire.» Le triomphe de Correa démontre aussi que «la thèse conformiste si répandue dans la pensée politique conventionnelle à savoir : que« le pouvoir use », est seulement valable en démocratie quand le pouvoir est exercé au bénéfice des minorités riches ou quand les processus de transformation sociale perdent leur consistance, hésitent et finissent par se diluer.»

Pour commenter sa victoire, le président équatorien a pris la peine lui-même d’insister sur l’importance d’agir avec détermination:«Ou nous changeons le pays maintenant ou nous ne le changeons plus…Le projet de créer un ordre social basé sur le « bon vivre » de nos peuples originaires, exige d’agir avec rapidité et détermination.» À l’opposé de Correa, malgré des milliers de sympathisants prêt à agir, enthousiastes de commencer à se mobiliser pour l’indépendance, le PQ s’emploie à gérer timidement une province, souvent dans les traces des libéraux.

Une grande majorité des députés du PQ vivent un profond malaise et doivent penser comme moi que nous méritons mieux comme horizon politique. La province, c’estpour les vaincus (pro vincia). Alors que pour l’indépendance, il nous faut vaincre les obstacles érigés par les adversaires de la souveraineté. Une question s’impose donc à celles et ceux qui avec sincérité et bonne foi continuent à attendre du PQ de faire l’indépendance : dans les conditions actuelles de la soumission de la direction du PQ au milieu des affaires, comment ce parti pourra-t-il poser les gestes audacieux qui devront accompagner la marche du peuple québécois vers son indépendance nationale?

Le PQ attend de toute évidence une permission du milieu patronal qui ne viendra pas. Pour ceux d’entre nous qui voulons l’indépendance sans attendre cette permission, je signale en toute modestie mêlée d’enthousiasme qu’il y a d’autres choix politiques. Un choix qui s’impose naturellement quand on fait le bilan lucide du passé et du présent du PQ. Ce bilan a été effectué de manière répétée depuis 1997 et a donné naissance au RAP, puis à l’UFP et enfin à Québec solidaire. Il en a émergé ainsi un projet de société et une stratégie pour faire du Québec un pays.

Une stratégie pour l’indépendance

L’extraordinaire effervescence du « printemps québécois »en 2012 tout comme le soulèvement citoyen dans la vallée du St-Laurent contre l’exploitation des gaz de schiste en 2010 nous ont montré que les pratiques démocratiques de mobilisation populaire fondée sur des assemblées, discussions de cuisine, manifestations et débats publics suscitent une adhésion croissante de la population à une idée phare qui semblait peu répandue au départ. La lutte pour l’indépendance nationale, qui a été trop souvent réduite à la crainte de menacer la stabilité économique, ne pourra retrouver la pleine force de son potentiel social mobilisateur qu’en se liant à un large processus démocratique, sollicitant une large participation de la base. La stratégie et les objectifs d’accession à l’indépendance doivent être définis et reposer sur cette participation, ce qui constitue un exercice de la souveraineté populaire.

L’Assemblée constituante que propose Québec solidaire comme stratégie d’accès à l’indépendance, est le moyen par lequel le peuple québécois pourra librement reprendre en main son destin, en toute autonomie des pressions de l’Assemblée nationale, des oligarchies médiatiques et des milieux d’affaires qui défendent le statu quo. L’indépendance ne découlera pas du jeu de la classe politique, même si celle-ci est appuyée par une campagne de marketing ou un Sommet de deux jours – comme celui de l’Éducation – représentant des intérêts limités.

C’est du pouvoir citoyen, élu au suffrage universel pour représenter la pluralité de la société québécoise (équilibre hommes/femmes, communautés historiques, diversité des milieux socioéconomiques et culturels), que devra émerger un projet de pays rassembleur, capable de donner l’impulsion du changement et le goût de la liberté. Ce pouvoir citoyen, investi des moyens et des pouvoirs conférés par l’institution de l’Assemblée constituante, représente en plus un rapport de force insoupçonné, d’une ampleur qui a échappé au mouvement souverainiste depuis les 15 dernières années – depuis la Commission itinérante de 1995 et de ses partenaires de la souveraineté.

En effet, depuis 15 ans les forces fédéralistes se sont employées à «neutraliser» les principaux leviers du processus d’accession à l’indépendance (Caisse de dépôt, quelques têtes d’affiche du milieu des affaires, appui tacite de la France) et d’encombrer notre chemin de plusieurs autres obstacles dont la loi sur «la clarté» référendaire.

Ces manœuvres au sommet, au bénéfice des fédéralistes, expliquent en grande partie les atermoiements malheureux de ceux qui ont attendu d’illusoires «conditions gagnantes», habituellement comprises comme l’approbation des milieux économiques. Le succès de ces manœuvres au sommet indique également que la réponse doit se trouver à la base et que toute nouvelle stratégie d’accession à l’indépendance ne peut désormais reposer que sur un rapport de force populaire. La question cruciale à laquelle il faut donc répondre, c’est de savoir quelles conditions faut-il réunir pour recueillir le plus large appui possible des couches populaires ?

La réponse offerte à cette question par l’exemple de Correa en Équateur est que «si un gouvernement obéit au mandat populaire et met en place des politiques publiques dont bénéficient les majorités … la loyauté de l’électorat peut être considérée comme sûre». La preuve à contrario de cette affirmation se trouve dans le destin qu’a connu le PQ depuis son virage néolibéral des 15 dernières années. Un destin dont une illustration éloquente est donnée par la dégringolade du PQ dans l’appui populaire en raison de ses importants reculs en matière sociale depuis qu’il est au gouvernement.

Les classes moyennes et populaires, constituent après tout, l’ultime allié qui compte. Le grand nombre – la majorité – est l’allié dont le x sur le bulletin sera le plus déterminant le jour qui compte réellement: le jour où nous déciderons de notre indépendance.

L’idée d’indépendance ne se limite pas à la défense nos intérêts économiques (qui sont souvent ceux d’une minorité possédante), ou à l’exaltation de notre fierté identitaire (dont la manière laisse parfois les nouveaux arrivants et les minorités visibles à l’écart…). L’indépendance repose sur la volonté collective de bâtir un monde commun dans lequel notre société pourra définir librement ses institutions, ses valeurs et son avenir politique. Tel est exactement le sens du principe d’autodétermination du peuple québécois, qui est au fondement de l’Assemblée constituante.

L’évolution politique en Équateur est un bel exemple de cette dynamique prometteuse. Le succès de Correa repose sur les espaces de liberté politique conquises par le peuple équatorien tout particulièrement grâce au processus de la constituante de 2008. Il constitue donc une preuve positive de l’efficacité stratégique que représente l’assemblée constituante pour donner un rapport de force aux mouvements sociaux et populaires pour affronter la puissance des défenseurs du statu quo.

Il s’agit là, de la stratégie la plus démocratique, inclusive, efficace et légitime qui permettra de rallier l’ensemble des forces agissantes et combatives de notre société. Ces forces sont le plus souvent issues du rang des artistes et des mouvements syndical, populaire, féministe, étudiant, écologiste et indépendantiste. Leur convergence est la seule vraiment nécessaire à l’élaboration collective d’une nouvelle dynamique politique, à l’avantage de la majorité de la population. À l’avantage du plus grand nombre, seul garant ultime de notre indépendance nationale.

Amir Khadir, député solidaire de Mercier

 


PKP et la république de bananes

Dans quelle république de bananes, un milliardaire peut-il compter sur 200 millions en aide de l’État pour soutenir son désir d’acquérir une équipe sportive?

Dans quelle république de bananes, un milliardaire peut-il prendre le téléphone, évoquer son désir pour un poste de prestige et se faire offrir prestement la présidence de la plus grande entreprise publique de l’État?

Aujourd’hui, on est bien obligé de dire que c’est le Québec que semble dessiner le Parti Québécois, sur les lignes laissées par le Parti libéral.  Après la découverte que le Québec est un quasi-comptoir colonial avec notre loi des mines, au moment où la Commission Charbonneau nous démontre comment les amis du pouvoir nous roulent dans la farine, voilà que nous assistons à une nomination à la tête d’Hydro-Québec qui pourrait faire l’envie de l’Italie de Berlusconi.

En effet, quelle république de bananes veut-on s’offrir comme pays quand les leaders indépendantistes,  plutôt que de répondre aux besoins des gens ordinaires pour les inspirer et les mobiliser, préfèrent apaiser l’angoisse fiscale des riches et s’allier à un magnat de la presse dans leur stratégie pour se maintenir au pouvoir?

Le cynisme au pouvoir

Mais cet allié politiquement volage pourrait décevoir le PQ  aussi cruellement que le PQ déçoit ses électeurs actuellement.  En effet, Pierre-Karl Péladeau – dont on parle ici - qui dans le passé donnait d’importantes sommes au PLQ et même à l’ADQ, n’a délié les cordons de sa bourse pour le PQ qu’en 2010, année où débutait d’ailleurs son offensive pour obtenir le financement public de son amphithéâtre, prélude à l’achat d’une équipe de hockey. Financer tous les partis en fonction de leur proximité avec le pouvoir– n’est-ce pas le comportement cynique et opportuniste de certains entrepreneurs et firmes d’ingénieurs qui se trouvent aujourd’hui dans le collimateur de la Commission Charbonneau?

Au fait, que pense de cette nomination l’ex-journaliste Pierre Duchesne devenu ministre? Lorsqu’il était le président de la Tribune de la presse parlementaire, il avait tenu tête à PKP qui voulait imposer des briseurs de grève à l’Assemblée pendant le lockout au Journal de Québec. À l’époque, M. Duchesne m’avait demandé mon aide parce que le PQ et les autres partis ne voulaient pas s’en mêler.

M. Duchesne et Bernard Drainville, lui aussi ex-journaliste devenu ministre péquiste, trouvent-ils, comme le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, que cette nomination «entretient une désagréable impression de proximité entre les pouvoirs politique et médiatique»?   Je regrette qu’aujourd’hui, eux aussi donnent l’impression de ne pas vouloir s’en mêler…

C’est triste parce que j’ai l’intime conviction que la très grande majorité des députés du PQ vivent le même malaise que moi. Mais hélas, on sait depuis La Rochefoucauld que trop souvent « les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer»…

Un adversaire acharné des droits des travailleurs

Depuis une quinzaine d’années, Pierre-Karl Péladeau est l’ennemi le plus farouche du syndicalisme et des droits des travailleurs au Québec. Et voilà que Mme Marois lui confie la destinée d’un des plus grands employeurs du Québec juste pour lui faire plaisir!

Pour avoir une idée de ce qui peut attendre les employés d’Hydro-Québec, employeur exemplaire dans le paysage industriel québécois, voici un florilège des faits d’armes antitravailleurs les plus récents de PKP (répertorié par Michel Rioux, dans un article de novembre 2010 de l’Aut’Journal intitulé : Doctor Pierre et Mister Karl Péladeau) :

  • Vidéotron -2003 : lock-out de dix mois pour casser les reins des 2 200 travailleurs à l’aide de Me Lucien Bouchard, meilleur exécuteur de basse besogne au service des patrons québécois depuis 40 ans. Résultat : des centaines de travailleurs transférés à des sous-traitants sans protection syndicale, gel des salaires et augmentation de 2h30 d’heures de travail, sans compensation.
  • Imprimeries Quebecor USA – 2004 : Fred Ascarate, président de Jobs for Justice dénonçait à Montréal les agissements antisyndicaux de Quebecor dans ses imprimeries aux États-Unis.
  • Journal de Québec – 2008 : 16 mois de lock-out, retour au travail douloureux avec des reculs ruineux sur les conditions de travail.
  • Journal Le Réveil de Jonquière – 2009 : 50 semaines de lock-out, 1 employé sur 5 seulement a retrouvé son travail. Tactique : aucune indemnité de départ s’ils n’acceptaient pas l’« offre » empoisonnée de PKP.
  • Au Journal de Montréal – 2009:  PKP exigeait le départ de quatre lockoutés sur 5 avec une clause de réserve de six mois interdisant aux journalistes remerciés d’offrir leur services ailleurs. Ah! oui, outre la fermeture de Rue Frontenac, il a aussi obtenu le silence assourdissant du PQ, du PLQ et de l’ADQ. Il ne restait que QS et Jean Cournoyer, ministre du Travail sous Robert Bourassa, pour protester. Cournoyer avait dit : « Quebecor transgresse l’esprit de la loi » et «ça ferait un bon moment qu’il serait réglé, le lock-out au Journal de Montréal, si le gouvernement avait modifié la loi antiscabs ».

Donner à un grand patron un immense instrument pour influencer l’avenir du Québec, briser les syndicats et appauvrir les travailleurs — surtout ceux qui ont de bons emplois – et de s’en glorifier dans ses journaux… est-ce vraiment digne du Québec?  Non, c’est digne d’une république de bananes !

 

 

L’évitement moral

Caricature de Côté dans le journal Le Soleil

Il va falloir que quelqu’un au PQ nous explique ce qu’ils trouvent à redire du texte de cette motion que ma collègue Françoise David a présenté aujourd’hui en Chambre et que le gouvernement a bloqué sans s’expliquer :

 « Que l’Assemblée nationale réaffirme que l’évasion et l’évitement fiscal sont dommageables pour les finances publiques du Québec et entraînent une injustice fiscale entre les citoyens et les citoyennes;

Pour s’assurer que l’État dispose des moyens nécessaires pour jouer son rôle de redistribution de la richesse, que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale se mobilisent pour mettre fin au secret bancaire et récupérer l’argent qui a été dissimulé à l’étranger;

Finalement, qu’afin de démontrer que tous les Québécois et les Québécoises doivent faire leur juste part, tous les députés de l’Assemblée nationale s’engagent solennellement à ne pas placer leurs avoirs à l’abri de l’impôt dans des paradis fiscaux ou des juridictions de complaisance.»

Est-ce que le PQ serait mal à l’aise avec une motion qui parle de redistribution de la richesse?

Il faudrait aussi que quelqu’un à la CAQ nous explique pourquoi il lui fallait présenter une motion sur le même sujet alors que nous tentions depuis le début de la semaine d’en faire adopter une? La règle informelle de l’Assemblée veut que jamais un parti ne s’approprie le sujet de la motion d’un autre.

Magnanimes, nous avons appuyé la motion de la CAQ. Néanmoins, la manœuvre laisse un mauvais goût dans la bouche.

Il faut dire que les réactions sont fortes à l’Assemblée depuis que Québec solidaire a abordé le sujet de l’évasion fiscale et suggéré que les partis s’engagent à démettre de ses fonctions tout élu ayant des comptes dans un paradis fiscal. Certains ont été piqués au vif par cette suggestion semble-t-il et, la semaine avançant, tout le monde voulait paraître plus décidé que les autres à se battre contre l’évasion fiscale.

Maintenant, après toutes les belles paroles, quels moyens concrets mettre en place le gouvernement pour arrêter l’hémorragie dans nos finances publiques? J’ai posé la question en Chambre aujourd’hui… Je n’ai eu droit qu’à des affirmations générales en guise de réponse. C’est mal parti.

L’aveuglement volontaire

La semaine dernière j’ai voulu faire adopter une motion en Chambre pour que les partis s’engagent à rembourser l’ensemble des dons illégaux reçus de la part d’entreprises au fil des années. Pas seulement pour les cinq dernières années comme le suggère le Directeur général des élections, mais tous les dons illégaux que révélerait la Commission Charbonneau pour la période de 15 ans que couvre son mandat.

Une étrange alliance s’est alors formée. Le Parti québécois s’est parfaitement aligné avec le Parti libéral pour battre ma motion et en faire adopter une autre qui limite l’engagement de remboursement aux cinq dernières années.

Voilà donc tout le leadership moral dont sont capables les vieux partis : se cacher derrière des détails techniques pour échapper à leurs responsabilités. Pendant les dernières décennies, ces deux vieux partis se sont échangé le pouvoir et ont fait leurs élections avec l’argent sale de la corruption et de la collusion. Aujourd’hui, ces mêmes deux vieux partis se couvrent mutuellement quand vient le temps de rembourser.

Si votre voisin vous volait 1 000 $ et refusait de rembourser sous prétexte que ça fait plus de cinq ans qu’il a commis le larcin, vous ne la trouveriez pas drôle. C’est exactement ce que le PQ et le PLQ tentent de faire dans le cas des millions reçus des firmes de génies, des entreprises de constructions et de cabinets de services professionnels au fil des années.

Quelle légitimité peuvent maintenant avoir Philippe Couillard et Pauline Marois quand il parleront d’intégrité à l’avenir?

Nier l’évidence

Les partis veulent nous faire croire qu’ils ne savaient rien des stratagèmes utilisés par les entreprises pour les financer. Pourtant, les vieux partis avaient tous des collecteurs spécialisés dans les levées de fonds auprès des milieux d’affaires. Les dons entraient par millions par cette porte. Je suppose qu’au-delà d’un certain montant, l’argent rend aveugle!

Quand la première ministre affirme qu’elle ne savait rien de ce qui se passait dans son parti, c’est une insulte à l’intelligence. Elle nous sert la même réponse que Gérald Tremblay ou les chefs libéraux, Jean Charest et Philippe Couillard. Au mieux c’est de l’aveuglement volontaire, au pire c’est de l’incompétence. Toute personne avec une once d’attention qui suit la politique est au courant des manœuvres de financement illégales.  Je rappelle à Mme Marois que sa propre campagne à la chefferie a été financée presque en totalité par de l’argent des firmes d’ingénieurs.

En mars 2010, nous avons révélé un système de prête-nom qui permettait à certaines firmes de génie-conseil de contribuer généreusement à la caisse du PLQ, du PQ et de l’ADQ. Nous avons poursuivi nos recherches en 2011 et 2012. En mai dernier, nous avons déposé un rapport démontrant que le stratagème était très répandu et utilisé également par des cabinets d’avocats et de comptables, ainsi que des entreprises de construction. (http://goo.gl/NkD3e)

Bref, ceux qui prétendent aujourd’hui ne rien avoir vu, ne rien avoir entendu n’ont aucune crédibilité. Si nous pouvions voir tout ça de l’extérieur, par quel miracle Pauline Marois et Philippe Couillard n’ont rien su avant que la Commission Charbonneau ne fasse éclater la vérité?

Ici, vous pouvez constater comment le gouvernement esquive mes questions sur le sujet. Édifiant!

La devinette du vendredi – en retard

Qui a fait la déclaration suivante, le jour-même où le Parti libéral organise un hommage à Jean Charest? Était-ce un Péquiste, un Caquiste, un Libéral, un Oniste ou un Solidaire?

«Quand on regarde ce qui se passe à la commission Charbonneau, il y a plein de monde, il y a plein de ministres libéraux qui ont des liens, qui ont des amis qui sont cités à gauche et à droite, qui vont probablement être poursuivis bientôt. Il y en a plein, plein, plein ici. Alors il faut surveiller ses amitiés.»

Caricature de Côté dans Le Soleil