Le financement politique me fait penser de plus en plus au cyclisme de compétition. Certains athlètes se dopent pour obtenir de meilleurs résultats et, même pris la main dans le sac, ils nient et nient encore. Ils nient jusqu’à ce qu’un jour ça ne soit juste plus possible : c’est le syndrome Lance Armstrong. Atteints de ce syndrome, les partis qui ont dopé leur financement politique excellent dans le cynisme de compétition!

Mardi dernier, le Parti québécois, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec (ex-ADQ) ont fait des Lance Armstrong d’eux-mêmes. Michel Lalonde, le président de la firme de génie-conseil Génius venait de confirmer à la Commission Charbonneau que sa firme avait donné illégalement au fil des années 240 000 $ au Parti québécois, au Parti libéral du Québec (PLQ) et à l’Action démocratique du Québec (ADQ).

Questionnés à ce sujet, les partis impliqués dans le scandale disent ne rien avoir à se reprocher. Tant au PQ, au PLQ qu’à la CAQ (ex. ADQ) on plaide l’ignorance.

Pourtant, il est de notoriété publique que les firmes de génie utilisent depuis bien longtemps des prête-noms pour financer les partis politiques. Déjà, en 2007, le président de la firme Tecsult révélait le stratagème devant la Cour d’appel du Québec et le présentait comme une méthode de « développement des affaires». De nombreux reportages dans les médias et les enquêtes de Québec solidaire ont démontré amplement le phénomène. Ce sont des millions de dollars qui ont ainsi été versés par des firmes de génies pour remplir les coffres des vieux partis. Le cas de l’ADQ-CAQ a de quoi attrister : un jeune parti et déjà si vieux par son dopage de caisse électorale et par ses démentis à la Lance Armstrong.

« On ne savait rien! » – Ah vraiment?

Qui peut croire le PLQ, la CAQ (ex-ADQ) et le PQ quand ils prétendent l’ignorance? Comment les responsables de ces partis pouvaient-ils ignorer dans quel but les dirigeants des firmes de construction, de génie-conseil ou d’avocats étaient invités dans leurs cocktails de financement? Entre 2000 et 2009, des administrateurs, des employés, leurs proches ou d’ex-employés de seulement deux firmes d’ingénieurs, CIMA+ et SNC-Lavalin, ont versé plus de 2,5 millions aux vieux partis politiques. Et il y a toutes les autres.

Le responsable du financement du Parti libéral, Marc A. Bibeau, qui tordait des bras dans le milieu des affaires pour ramasser ses millions, était un proche de Jean Charest. Malgré cela – et les millions – M. Charest a toujours nié le problème de dopage dans le financement de son parti.

La directrice du financement du Parti québécois, Ginette Boivin, a remis sa démission en 2006 à la suite de l’enquête du juge Moisan. Elle avait organisé un système de contributions illégales à la caisse du parti. Mme Marois ne pouvait l’ignorer quand elle l’a sollicité en 2007 pour le financement de sa course à la direction du PQ, pour laquelle des firmes de génie lui ont versé 80 000$ en quelques semaines! Notre première ministre a elle aussi touché à l’argent qui sert aux firmes à s’acheter de l’influence.

Que les partis remboursent!

Le PQ, la CAQ et tous les aspirants à la chefferie du PLQ s’évertuent à prétendre qu’ils sont tout à fait disposés à régler les problèmes de corruption. S’ils veulent nous prouver leur sincérité, qu’ils remboursent les millions de dollars reçus des firmes de professionnels au cours des dernières années. S’ils veulent avoir le décompte, on peut les aider. On a fait le travail pour les firmes d’ingénieurs, mais aussi pour les firmes d’architectes, pour les firmes de comptables et les bureaux d’avocats.

Mais pour le moment, aucun parti n’est chaud à l’idée de rembourser. Au PLQ Jean-Marc Fournier ne veut pas se prononcer et à la CAQ (ex-ADQ), François Legault s’en lave les mains. Au PQ, le président du parti dit qu’il va rembourser seulement « si le Directeur général des élections (DGE) parvient à démontrer que des dons illégaux ont été faits au PQ ». En d’autres mots, ils paieront s’ils se font attraper! Quelle probité! Je rappellerais respectueusement au président du PQ que s’ils se font attraper par le DGE, les partis sont obligés de rembourser. Il faut aussi savoir que la plupart des dons en cause lui échappent en raison de l’écoulement du délai de prescription

L’heure n’est plus aux belles paroles. Pour restaurer la confiance du public, il faut admettre la vérité et poser des gestes clairs. Les vieux partis doivent cesser le déni et reconnaitre leur implication dans un système frauduleux pour qu’on puisse régler le problème. Comme un cancer qui ronge les fondements mêmes de notre démocratie, la corruption est toujours prête à ressurgir. Si les partis sont dirigés par des gens qui pratiquent l’aveuglement volontaire à grande échelle, elle n’aura pas de difficulté à y fleurir de nouveau et bien rapidement les partis recommenceront à se doper au financement occulte et au trafic d’influence.