Photo : Darren Ell


Ce qui est arrivé à la fin de la manifestation étudiante de mardi qui suivait le Sommet de l’Éducation me désole. L’ambiance était enjouée et calme jusqu’à 16 h. Près du métro Sherbrooke, des policiers ont reçu des boules de neige après avoir procédé à l’arrestation un peu musclée d’un manifestant.

Les policiers ont réagi encore une fois de manière nerveuse et exagérée. La pagaille s’est installée quand un groupe de policier en armures, matraques à la main, ont séparé la foule de façon violente. N’importe qui de sensé ne pouvait comprendre pourquoi des policiers répondaient à un problème (des balles de neige) avec un remède beaucoup plus dommageable (coups de matraque, brutalité, insultes, gaz lacrymogènes).

Quand on pense à tout ce qui s’est passé depuis un an (Victoriaville, Grand Prix,  matricule 728, tabassage d’un délinquant à Trois-Rivières, etc.), ça mérite vraiment réflexion.

Il y a là un abus dans l’usage de la force et dans le langage qui semble décidément trop toléré dans une certaine culture policière.

Parlant abus de langage policier, j’ai reçu une lettre d’une citoyenne de mon quartier, Isabelle Grandjean envoyée aux journaux il y a quelques jours :

«Depuis des mois je n’ai plus aucune confiance en la police. Quand je vois un uniforme je me sens tout sauf en sécurité, plutôt un profond malaise, mêlé à de la peur.

M. Applebaum reçoit des menaces des policiers, le vendredi, au journal, Yves Francoeur, le président de la Fraternité dit : « Si, quand on est en négociation, dire à la partie patronale, si on s’entend pas, si on n’a pas de solution, dire que la marde va pogner, si ça, c’est des menaces, moé j’m’excuse, là, mais y’en a qui ont la peau mince. »

Ce langage rappelle Stefanie Trudeau, 728. Son arrestation ne doit pas faire oublier que les pratiques policières sont douteuses et doivent être enquêtées, leur formation analysée et revue…Si une «vedette» de la police s’exprime ainsi, pourquoi leurs subalternes ne feraient pas autrement? Comme si c’était la norme.

À Trois-Rivières avec une force inappropriée, des policiers frappent un homme à terre comme par réprimande… Pourquoi? D’où cela vient-il? »

Elle ajoute ceci :

« Les forces de l’ordre tiennent la population en otage : D’abord, elles utilisent dix fois plus de policiers que nécessaire pour faire le travail lors des événements … Puis elles provoquent les manifestants afin d’avoir de belles images de violence à placer dans les médias. Et finalement, la population apeurée réclame plus d’interventions et justifie ces dépenses aussi exorbitantes qu’inutiles. Loin de nous protéger, les forces de l’ordre nous arnaquent. »

J’ai acheminé ce message à Marc Parent, chef du Service de police de Montréal et aux responsables du ministère de la Sécurité publique.  M. Parent avait promis que ces pratiques allaient changer, que les abus ne seraient plus tolérés. Mais ces changements tardent à se produire. Et les Montréalais continuent à subir.

La tragédie pour les Montréalais c’est d’être aux prises avec une administration corrompue, affaiblie et complètement déconsidérée à l’Hôtel de Ville de Montréal et une opposition (Vision comme Projet Montréal) qui semble agir comme si elle était menottée ou bâillonnée pour  on ne sait quelle raison.  Le gouvernement n’a rien fait non plus pour opérer le virage nécessaire pour ramener dignité et raison dans tout cela.

J’ai rencontré M. Parent en novembre dernier. Je ne crois pas qu’il soit d’accord avec le langage outrancier et indigne du président de la fraternité des policiers. J’espère qu’il ne l’est pas non plus avec la politique de déploiement exagéré et irrationnel qui coute des centaines de millions de dollars aux contribuables québécois.

Mais je me demande qui parmi les responsables va enfin comprendre et écouter le ras-le-bol des citoyens que j’entends à répétition, surtout depuis ces énièmes dérapages de policiers survenus aujourd’hui ou lors de l’arrestation du délinquant à Trois-Rivières.

Avec la meilleure volonté du monde Monsieur Parent ne peut agir seul. Mais nous espérons quand même qu’il saisisse l’importance de poser quelques gestes d’importance comme :

  • mettre fin aux procédures dilatoires qui retardent l’abandon des charges contre des citoyens innocents, comme dans le cas des quatre victimes de l’agent 728 ou de Didier Berry qui a vécu une situation similaire en octobre dernier.
  • de revoir  au plus vite la politique couteuse et contre-productive de déploiements massifs des troupes policières à chaque occasion ( Grand Prix, manifs étudiantes, Sommet de l’Éducation).
  • d’appeler ses troupes à plus de discernement et de retenue, à plus de sang-froid et de courage pour éviter de mettre les citoyens en danger, car après tout la police est censée assurer protection et inspirer confiance et non semer la pagaille et faire inutilement peur aux citoyens.