Appuyons les employé-e-s du Journal de Montréal en lock-out
Je me souviens : 24-01-09, 00:35
Il y a maintenant plus d'un an que les employé-e-s du Journal de Montréal ont été mis en lock-out. QS-Montréal tient à appuyer concrètement les travailleuses et les travailleurs de l'information du Journal de Montréal qui ont été si cavalièrement jeté-e-s à la rue le 24 janvier 2009 à minuit trente-cinq minutes. Nous croyons qu'il est primordial de créer un mouvement global d'appui aux syndiqué-e-s. La défense de leurs acquis sociaux constitue une lutte pour la liberté de la presse et par conséquent, pour les acquis démocratiques de tous.
Le lock-out : outil néolibéral de précarisation du travail
Si la grève est un moyen ultime pour le syndicat de négocier de meilleures conditions de travail, le lock-out est l'outil patronal pour augmenter ses profits, précariser davantage les travailleuses et les travailleurs et remettre en cause les gains sociaux auxquels les syndicats ont contribué.
En effet, la présence du mouvement syndical dans une société représente un atout essentiel :
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agissant comme fers de lance, les comités des milieux syndiqués font avancer l'équité salariale, le français comme langue de travail ou la responsabilité civile du patron à offrir un environnement sain pour exercer des tâches spécifiques;
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des outils comme Fondaction ou le Fonds de solidarité, tissent des liens entre les petit-e-s épargnant-e-s et les entreprises d'ici pour favoriser la préservation d'emplois au Québec;
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lors des manifestations et des négociations collectives, les syndicats mettent de l'avant des questions sociales comme la nécessité de défendre des services publics de qualité, universels et gratuits.
Les victoires syndicales ont des échos dans le reste de la société qui en bénéficie. Si le Québec et ses entrepeneur-e-s supportent mieux la crise économique, c'est en grande partie à cause de son filet social, dont les syndicats et le rapport de force qu'ils ont pu développer, ont porté la bataille en première ligne.
Cependant, le lock-out réduit la capacité des syndicats à porter ce message car alors l'enjeu n'est plus l'amélioration des conditions de travail mais la prévention d'un recul trop important - car recul il y aura. En effet, les multiples demandes patronales exigent des coupures de postes - principalement chez les travailleuses et travailleurs vulnérables, une plus grande flexibilité quant aux horaires et aux tâches acceptées - avec son impact sur la santé/sécurité au travail, ainsi qu'une réduction importante de ce que contient la convention collective et son allongement dans la durée. Pendant ce temps, le travail à l'intérieur continue : scabs, sous-traitance, utilisation des maillons non-syndiqués de l'entreprise/multinationale, et les injonctions pleuvent sur le syndicat qui voudrait entraver cette production. Ces caractéristiques s'appliquent à tout lock-out, y compris le présent conflit au Journal de Montréal, propriété de Quebecor.
Le défi devient alors moins d'avancer mais bien de rester debout. Il faut du courage, beaucoup de détermination et de patience aux syndiqué-e-s qui gèlent sur la ligne de piquetage pour se faire crier « Retournez travailler ! ». Certaines personnes font encore mal la distinction entre une grève et un lock-out. L'éducation populaire devient alors un premier geste d'appui aux lock-outé-e-s.
Pour des actions concrètes : l'intervention du député de Mercier dans le lock-out du Journal de Montréal
Sans soutien financier spécifique ni possibilité de déposer motion et pétition en chambre par un député, l'appui de Québec solidaire aurait difficilement dépassé le geste sympathique. L'arrivée d'un Solidaire à l'Assemblée nationale, qui voit en plus un lock-out se déclarer dans son comté, change la donne.
Amir Khadir visite régulièrement les travailleuses et les travailleurs en lock-out qui apprécient son écoute comme ses interventions. Il a fait adopter unanimement à l'Assemblée nationale une motion qui demande à la direction du Journal de Montréal et aux syndiqué-e-s en lock-out de négocier de bonne foi. De plus, après beaucoup d'insistance, le député de Mercier a finalement obtenu une rencontre avec le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau.
Le travail des militant-e-s sur le terrain avec les lock-outé-e-s comme celui du député sur l'arène parlementaire doivent compter avec les objectifs et les interventions du milieu syndical. Les affiliations des centrales syndicales avec un parti ou l'autre sont tout à fait de leur ressort. Il en va du rapport de forces qu'elles ont su établir avec les gouvernements. Bien que ces alliances ont été maintes fois trahies par les partis à leur arrivée au pouvoir, Québec solidaire doit d'abord faire ses preuves : démontrer qu'on peut appuyer les travailleuses et les travailleurs, tout en respectant les groupes qui les défendent.
Mais aussi, il faut développer notre capacité à aller au-delà du conflit pour porter notre message de projet social pour un Québec de gauche. Le lock-out du Journal de Montréal (tout comme celui du Réveil du Saguenay) fait émerger une lutte commune : la liberté de la presse.
Contrer le baîllonnement :
Avec 14 lock-outs en 14 ans, Quebecor obtient la palme des conflits de travail au Québec. Les syndiqué-e-s mis-es à la rue travaillent dans le secteur des médias : le 4e pouvoir à ce qu'on dit. Les luttes ne se réduisent plus à amoindrir des reculs syndicaux, c'est l'état de la démocratie québécoise qui est en cause désormais. Il faut savoir que la convention collective est le seul recours concret des journalistes pour sauvegarder l'indépendance d'expression, la liberté journalistique. Derrière sa volonté de casser le syndicat, le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau veut contrôler l'information qui émane du Journal de Montréal, augmentant une fois de plus son emprise sur les médias au Québec.
L'attitude de Quebecor dans ce conflit renforce notre conviction à l'effet que la concentration des médias nuit aux avancées sociales. Pour faire avancer un projet de gauche, nous croyons que plus les sources d'informations sont diversifiées, moins les directives néolibérales sont perçues comme les seules avenues possibles. Moins la population a accès à une diversité d'opinions, plus elle est facilement manipulée par les grands patrons comme Pierre Karl Péladeau (PKP).
Bien sûr, le président et chef de la direction de Quebecor dispose déjà de moyens énormes et par ailleurs, il apprend vite en adaptant son système :
Faire la nouvelle :
Rappelons que les lock-outé-e-s du Journal de Québec demandaient à nos porte-paroles nationaux, régionaux et locaux de ne pas accorder d'entrevues à canoe.com car le réseau servait de relais pour alimenter le journal de PKP. En ce qui concerne le Journal de Montréal, nos porte-paroles nationaux ont annoncé dès le lendemain du lock-out qu'aucune entrevue ne serait réalisée avec le réseau.
Pour contourner ce problème et dissimuler la provenance, souvent douteuse en matière journalistique, des articles qui figurent au Journal de Montréal, quelque temps avant de mettre les travailleuses et les travailleurs du Journal de Montréal en lock-out, Quebecor lançait le sigle « QMI » (Quebecor media international). À l'image des « AFP » (agence France presse), « Reuter », ce moyen donne du vernis à la nouvelle et camoufle l'origine d'articles qui proviennent d'autres filiales de Quebecor ou même qui ne sont que des communiqués simplement copiés. Plus besoin de journalistes pour faire un journal désormais, « QMI » est là !
Après avoir lancé une campagne de désabonnement, les lock-outé-e-s du Journal de Montréal incitent la population à ne pas lire un journal « plein de trous » (référence aux nombreux articles auxquels aucun-e journaliste n'a contribué).
Diffuser la nouvelle :
Les lock-outé-e-s du Journal de Québec avaient démarré leur journal papier distribué gratuitement. Afin de maintenir le tirage du Journal de Montréal, Quebecor s'est mis à en distribuer gratuitement des copies. En maintenant ainsi le lectorat du journal, Québecor s'assure de préserver les revenus publicitaires à défaut de conserver les revenus provenant des ventes.
ruefrontenac.com
Très rapidement, après le début du conflit, les lock-outé-e-s du Journal de Montréal répondent « par la bouche de leurs crayons » en lançant ruefrontenac.com, un journal internet. Quebecor, qui avait toujours refusé de créer une version internet du Journal de Montréal malgré les demandes répétées de ses journalistes depuis huit ans, a alors subitement changé d'idée et lancé son nouveau site web.
Mais les journalistes de ruefrontenac.com réagissent : le journal est maintenant disponible en format imprimable pour ceux et celles qui désirent sensibiliser davantage leur milieu. De plus, il est possible de soutenir financièrement le journal, un peu comme un abonnement le ferait.
Le momemtum de lutte « contre » des reculs sociaux dont les lock-outé-e-s pâtissent s'est retourné: les travailleuses et travailleurs de l'information, plus indépendant-e-s que jamais, bâtissent maintenant quelque chose qui leur appartient. La création de ruefrontenac.com est admirable. Le journal est lu et estimé (y compris par des gens qui ne lisaient pas le Journal de Montréal).
Pour marquer le premier anniversaire du lock-out, le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM-CSN) a organisé « le show du cadenas » un spectacle auquel ont participé de nombreux artistes dont, Loco Locass, Louise Forestier, Tricot Machine et Richard Desjardins. Soulignons aussi la présence d'Amir Khadir qui a été chaudement applaudi lorsqu'il a lancé « N'ayons pas peur des éléphants, n'ayons pas peur de PKP ».
La lutte donc se poursuit et nous en sommes solidaires; nous appelons la population à suivre le mot d'ordre du STIJM, de ne pas lire Le Journal de Montréal. Car le conflit ne fait que perdurer tant que le Journal de Montréal a des lecteurs, qui représentent pour Quebecor le principal argument de vente de publicité, source importante de revenus pour Pierre Karl Péladeau.
Nous vous invitons plutôt à :
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Lire et soutenir financièrement ruefrontenac.com
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Vous informer sur le conflit sur le site des travailleurs de l'information du Journal de Montréal.



