Theresa Spence, cheffe autochtone d’une communauté très pauvre, fait une grève de la faim. Cette épreuve dure depuis 27 jours.  Elle y mettra fin si la rencontre prévue vendredi le 11 janvier avec le premier ministre Harper est satisfaisante. Madame Spence exige que le premier ministre s’engage à respecter les traités déjà signés avec les nations autochtones. Elle veut aussi que le gouvernement fédéral reconnaisse sa responsabilité dans le manque criant de logements dans les communautés, dans le sous-financement de l’éducation et dans la protection des femmes victimes de viols et d’assassinats, des problèmes dramatiques   qui ne sont pas pris au sérieux par les forces policières canadiennes.

Entreprendre une grève de la faim est un acte courageux et risqué. Ce geste n’est pas anecdotique. Une personne décide de mettre sa santé et même sa vie en danger pour une cause qu’elle estime juste, plus importante que les inconvénients majeurs qui pourraient résulter de la privation de nourriture. Theresa  Spence   pose ce geste parce qu’elle ne voit pas d’autre issue à la longue lutte des peuples autochtones du Canada pour une reconnaissance formelle de leurs droits ancestraux, pour  des négociations de bonne foi et une aide d’urgence aux nations autochtones privées de tout : logements salubres, eau potable, routes carrossables, emplois et services publics.

Le premier ministre canadien a dû se rendre à l’évidence : cette grève de la faim et l’éclosion du mouvement « Idle no more », largement initié par des femmes autochtones, ne sont pas à classer dans la catégorie  des mouvements marginaux sans conséquence. Chaque jour, la mobilisation prend de l’ampleur et réunit des gens de la base, exaspérés par l’immobilisme et le mépris gouvernemental. Il faut comprendre et appuyer ces femmes et hommes qui aujourd’hui réclament plus que des discours : des actions conséquentes.

La loi C45 a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle rend inopérantes les protections environnementales pour des milliers de cours d’eau partout au Canada, ce qui est néfaste pour tous les Canadiens, Québécois et Autochtones préoccupés d’un environnement sain. La loi réduit fortement les processus de consultation des communautés autochtones pour des projets qui les concernent. Tout cela sans la moindre négociation entre le gouvernement canadien et les représentants-es des Premières nations. Au mépris de l’esprit et de la lettre de la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones, signée (à reculons!) par le gouvernement canadien. C’en est trop.

Il y a eu tant d’occasions manquées : la commission royale d’enquête sur la situation des peuples autochtones qui mettait à jour les conditions de vie pitoyables qui régnaient dans plusieurs communautés, les rendez-vous de Kelowna –avec Paul Martin alors premier ministre du Canada- et plus récemment avec Stephen Harper à Ottawa. Où sont les résultats? Le gouvernement conservateur construit aujourd’hui l’équivalent de 5% des logements qui étaient construits en 2006 alors que les besoins sont de plus en plus criants. Des maladies quasi-inconnues en milieu non-autochtone sont présentes dans les communautés, la tuberculose, par exemple. Soixante mille autochtones n’ont pas accès à une eau potable de qualité.  Plus encore : les nations autochtones attendent toujours de véritables négociations sur les terres qu’elles jugent leur appartenir de plein droit ou à partager avec les autres occupants du territoire canadien.

Devant des revendications légitimes et surtout devant ce qui s’apparente à une véritable révolte -pacifique mais extrêmement  déterminée-  de milliers de femmes et d’hommes appartenant aux Premières nations, le gouvernement canadien ne peut se défiler encore une fois.  Il doit  comprendre que la colère autochtone devant les saccages sociaux et de l’environnement est largement partagée par les populations québécoise et canadienne. Il lui faut reconnaître l’urgence de régler des problèmes criants dans les communautés autochtones  et négocier de bonne foi. Avec  ouverture et générosité.  Pour qu’enfin l’égalité entre les peuples vivant en sol canadien devienne réalité.

 

Françoise David, députée de Gouin

André Frappier, président

Porte-parole Québec solidaire