Où le vote de Québec solidaire s’est-il le plus amélioré?

Le nombre de personnes qui ont voté pour Québec solidaire a plus que doublé (hausse de 114 %, de 122 618 à 263 233) entre 2008 et 2012. Mais comme le taux de participation et le nombre de personnes sur les listes électorales a aussi été fortement plus élevé, le pourcentage de votes pour QS a connu une hausse un peu moindre, quoique de près de 60 % (3,78 % en 2008 et 6,03 % en 2012). Je me suis dit que ce serait intéressant de savoir où la hausse a été la plus forte… et la plus faible!

Dans l’ensemble

Les comparaisons des votes entre 2008 et 2012 par circonscription doivent être interprétées avec prudence, car les limites de plusieurs d’entre elles ont été modifiées, trois ont disparu et trois nouvelles ont été créées. Quand on tient en plus compte du fait que le taux de participation et le nombre de personnes sur les listes électorales ont augmenté grandement, les comparaisons de nombre de votes seraient un peu trompeuses. Par contre, il est possible de comparer les pourcentages de votes obtenus par QS dans les 122 circonscriptions restantes, tout en gardant en tête que les territoires d’un certain nombre de ces circonscriptions sont différents en 2012. Résultat? Le pourcentage a augmenté dans 116 de ces 122 circonscriptions (95,1 % des circonscriptions) et a diminué dans les 6 autres, y compris dans Nicolet-Bécancour où QS ne présentait pas de candidat à la suite de l’entente prise avec Option nationale.

Les circonscriptions où le vote pour QS a le plus augmenté en point de pourcentage sont :

  • Gouin, avec 14,3 points de pourcentage;
  • Laurier-Dorion, 11,3 points
  • Hochelaga-Maisonneuve, 10,8 points;
  • Sainte-Marie-Saint-Jacques, 10,0 points;
  • Mercier, 8,8 points;
  • Bourassa-Sauvé, 7,0 points;
  • Outremont, 6,6 points.

Notons que j’ai omis volontairement Notre-Dame-de-Grâce (gain de 8,7 points), car QS n’y était pas représenté en 2008… En fait, les 11 circonscriptions où le pourcentage de vote a le plus augmenté en points de pourcentage sont toutes dans l’Île de Montréal.

Par grandes régions

Comme les sondages donnent toujours des résultats par grandes régions, j’ai cru bon de regarder aussi la progression du vote de cette façon. Notons qu’un certain nombre de circonscriptions chevauchent ces régions, mais j’ai fait pour le mieux. On peut voir, sans surprise sachant que les 11 circonscriptions où le vote a le plus augmenté sont dans l’Île de Montréal, que c’est dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal que le vote a le plus augmenté. La hausse est toutefois loin d’être négligeable dans la RMR de Québec et encore moins dans le reste du Québec.

Par type de circonscription

J’ai voulu aussi examiner la progression par type de circonscription, urbaines, de banlieue et autres. J’ai mis les circonscription mixtes (à la fois urbaines, de banlieue et autres) avec les circonscriptions du reste du Québec et celles des extrémités de l’Île de Montréal avec les banlieues. En fait, hors de Montréal et de Québec, je n’ai pu retenir dans les «villes» que les circonscriptions de Chicoutimi, Hull, Joliette, Jonquière, Sherbrooke et Trois-Rivières. On me dira que j’aurais pu en ajouter quelques-unes, mais bon, il fallait bien trancher quelque part! On pourrait conclure que la hausse fut la plus prononcée dans les villes, ce qui est le cas en points de pourcentage, mais la hausse en pourcentage fut la plus élevée dans le reste du Québec (hausse de 67 %), tandis qu’elle fut égale dans les villes et les banlieues (56 %). Encore là, cela montre une progression mieux répartie qu’on aurait pu le croire.

Dans les villes

Finalement, comme c’est clairement dans les milieux urbains que QS est le plus populaire en termes de votes, j’ai voulu examiner de plus près la situation dans les villes. J’ai donc regroupé les villes en fonction des trois grandes régions. Là de quelque façon qu’on regarde ces données, on constate que la popularité de QS est nettement plus élevée dans la ville de Montréal qu’à Québec ou dans autres villes du Québec, et que la croissance entre 2008 et 2012 y fut la plus forte, même en pourcentage (63 %, par rapport à 40 % à Québec et à 16 % dans les autres villes).

Et alors…

Une fois ces constats établis, la question est de savoir pourquoi la progression fut plus forte à Montréal, même si elle ne fut pas négligeable dans les autres régions. Est-ce que l’étiquette de parti montréalais serait finalement un peu méritée? Est-ce parce que le vote stratégique fut plus fort hors de Montréal? Est-ce encore parce que QS a investi plus d’efforts dans la région de Montréal où il avait le plus de possibilités de faire de gains? Je laisse ce débat ouvert. Chose certaine, ces données permettent de réfléchir à la question sur des bases intéressantes…

Est-ce préférable de viser la concentration du vote pour espérer faire élire plus de députéEs ou viser la plus grande propagation de nos idées? Bien sûr, l’idéal serait de réussir les deux!

Les effets d’une hausse des impôts

Quand le gouvernement hausse ses tarifs, que ce soit les droits de scolarité ou les tarifs de l’électricité, les économistes orthodoxes applaudissent. Il faut, prétendent-ils selon le cas, donner un signal de prix pour diminuer la consommation (électricité) ou trouver un moyen de financer adéquatement les universités (droits de scolarité). Que ces hausses touchent davantage les pauvres et la classe moyenne que les plus riches, cela ne semble pas les déranger. Mais, attention, ne touchez pas aux impôts des plus riches! Là, c’est grave!

Impôts

Les plateformes de QS, du PQ et, dans une moindre mesure, de la CAQ prévoient des hausses d’impôts pour les plus riches, que ce soit par l’ajout de paliers d’imposition (QS et PQ) ou la diminution de l’exemption pour les gains en capitaux et les dividendes (les trois partis).

Après des années de baisses d’impôts, nos contribuables les plus riches ne sont pas contents. Et, comme d’habitude, nos économistes orthodoxes et autres défenseurs des privilèges des riches sont là pour plaider leur cause…

Je m’attarderai ici plus spécifiquement sur une lettre publiée dans la Presse par le directeur adjoint de la recherche à l’Institut C.D. Howe, Alexandre Laurin et intitulée Néfastes pour le Québec. Je l’ai choisie parce qu’elle regroupe pas mal tous les clichés qu’on entend sur les conséquences supposément mauvaises et même désastreuses des hausses d’impôt.

Incitations à éviter l’impôt

«Plus les taux marginaux d’imposition sont élevés, plus les contribuables sont incités à éviter l’impôt de quelque manière que ce soit.»

Il serait étonnant que les contribuables riches ne prennent pas déjà tous les moyens possibles pour éviter de payer de l’impôt! Malgré la baisse des taux marginaux d’imposition des dernières années, on observe d’ailleurs une hausse des sommes transférées dans les paradis fiscaux et de l’utilisation de ce qu’on appelle «les planifications fiscales agressives». Cette hausse serait due essentiellement «au développement des technologies de communication et de la finance électronique, [à] la mise au point de produits financiers novateurs et [à] l’intégration au plan mondial des économies nationales», donc pas à une hausse des taux marginaux d’imposition!

La solution aux conséquences de ces techniques d’évitement fiscal repose bien plus sur la volonté de s’y attaquer que sur une baisse des taux marginaux d’imposition. À cet effet, mentionnons que bien des organismes reprochent justement au gouvernement de ne pas s’y attaquer suffisamment. Il va de soi que les gouvernements qui entendent augmenter les taux marginaux d’imposition doivent aussi prendre des mesures pour combattre l’utilisation des techniques d’évitement fiscal.

Diminution du travail

«La méthode par excellence consiste à travailler moins, par exemple faire moins d’heures supplémentaires.»

En général, la rémunération des gens qui ont de hauts revenus dépend peu du nombre d’heures travaillées ou du temps supplémentaire. La personne a une tâche à accomplir et doit la réaliser. On ne doit pas oublier que M. Laurin parle de l’augmentation du taux d’imposition des gens qui touchent au moins 130 000 $ et 250 000 $ par an. Cette mesure ne toucherait donc pas les travailleuses et travailleurs qui comptent sur les heures supplémentaires pour boucler leur budget. Cela dit, il est possible que quelques personnes diminuent de fait leurs heures de travail, mais il serait étonnant qu’elles soient très nombreuses. Et cela serait compensé par l’embauche d’autres personnes pour les remplacer! Oh, que c’est néfaste!

L’exode des riches

«Les hausses d’impôt peuvent également influencer les mouvements migratoires vers l’étranger ou de l’étranger vers le Québec.»

Cet argument est sûrement le plus utilisé en la matière… Pourtant, aucun mouvement notable du genre n’a jamais pu être observé nulle part dans le monde. On oublie souvent que le revenu d’un riche provient presque toujours en forte proportion de la région où il habite. Son départ signifierait une baisse de revenus bien plus forte que la baisse des impôts. Et si un riche quitte, on ne dit pas non plus qu’on doit généralement le remplacer par une autre personne qui aura aussi un haut revenu ou que nous n’aurions plus besoin de le payer! En effet, il faut toujours se rappeler que le revenu des uns est toujours la dépense des autres! On ne perdrait vraiment que ceux qui peuvent continuer de toucher des revenus d’ici, soit peu de personnes.

L’Institut Fraser avait sorti l’argument de l’exode des cerveaux dû aux impôts élevés dans les années 1990 et 2000. Or aucun mouvement notable n’a pu être observé à l’époque, comme je l’ai montré dans un billet que j’ai justement écrit sur le sujet il y a deux ans (L’impôt et l’«exode» des cerveaux), en utilisant les données très détaillées de l’Institut canadien d’information sur la santé sur la migration interprovinciale et internationale des médecins, une étude du Groupe de recherche interdisciplinaire en santé (GRIS) sur les caractéristiques et les motifs des médecins qui quittent, et une étude de Statistique Canada sur la question. La conclusion de toutes ces sources est qu’il n’y a pas d’exode et que les médecins québécois quittent beaucoup moins que les médecins des autres provinces, même si leurs revenus sont plus faibles et leurs impôts plus élevés. Et une forte proportion des médecins qui ont quitté l’ont fait en raison du climat politique du Québec et de la politique linguistique (surtout des anglophones), pas en raison des impôts!

Bref, en raison du fort sentiment d’appartenance culturelle, les riches québécois seraient moins mobiles que ceux des autres provinces.

Ampleur du phénomène

«Selon mes calculs, les hausses d’impôt entraîneraient une baisse d’environ 6,9% du revenu imposable déclaré par les contribuables touchés.»

Comment être plus précis! On ne sait rien de ses calculs, des hypothèses utilisées et de l’origine des études sur lesquelles il s’est basé pour en arriver à un effet aussi précis (6,9 %). Si ces études sont étrangères, elles s’appliqueraient moins au Québec comme mon étude sur les migrations des médecins l’a bien montré. En plus, ce calcul tient-il compte des remplacements des personnes qui quittent ou est-ce simplement un flux sortant? Tient-il compte des retours et de la migration vers le Québec? Il n’en dit rien…

Et alors…

Je ne prétends pas que la hausse des impôts n’aurait absolument aucun effet. La concurrence fiscale peut avoir des effets, inutile de le nier. Oui, il y aura toujours des Luc Plamondon, Gilles Villeneuve et Johnny Halliday qui ont quitté leur pays pour des paradis fiscaux. Et, en passant, ils ont quitté sans que les taux marginaux d’imposition n’augmentent! Mais, quelle serait l’ampleur du phénomène? Très faible, si on se fie aux observations passées, ici, comme dans d’autres pays.

On tente aussi en France d’agiter cet épouvantail face à l’intention du gouvernement socialiste de hausser le taux marginal d’imposition à 75 % (bien plus que les 55 % et 58 % que les plateformes du PQ et de QS ne prévoient respectivement). Conséquence en France? Pas de signe évident d’exode fiscal. On a aussi prévu un exode en Ontario en raison de sa décision d’augmenter le taux marginal d’imposition de 2 points de pourcentage. Je n’en ai plus entendu parler depuis.

Bref, on doit se méfier des affirmations des défenseurs des privilèges des riches!

Ces partis qui me font peur…

C’est un sentiment que je n’ai vraiment pas ressenti souvent lors de campagnes électorales, sauf peut-être lors de la dernière au fédéral. J’ai peur que n’importe quel des partis qui mènent dans les sondages ne l’emporte. Bon, il y en a deux qui me font plus peur que l’autre, mais même lui me donne parfois des frissons…

Le PLQ

Étant l’ennemi à abattre dès le départ, on ne s’étonnera pas qu’on puisse craindre l’élection de ce parti. Non seulement le virage tarifaire mis en place par le PLQ m’horripile-t-il, non seulement la corruption et le détournement des fonds publics ne semblent-ils pas sur le point de se calmer, mais sa lutte contre nos jeunes entraîne une division de la société comme nous ne l’avons jamais vu.

On aurait cru que l’accalmie de l’été aurait arrangé un peu les choses, mais force est de constater que toutes les conséquences que nous avons craintes lors de l’adoption de la Loi 12 sont en train de se réaliser. Que se passera-t-il si ce parti est réélu? La grogne légitime ne pourra que s’étendre… avec la répression.

Et serait-ce mieux avec la CAQ?

«Est-ce le genre d’université que nous proposent messieurs Legault et Charest qui défendent la loi spéciale qui permet ces excès? Une université sous surveillance policière? Une université où les étudiantes et étudiants n’ont pas voix au chapitre sur l’avenir de l’éducation? La position indéfendable des partis de droite montre ici toute sa violence.»

Parlant de la CAQ…

La CAQ

Non seulement la CAQ ne contribuerait guère à ramener la paix sociale et ne ferait rien pour contrer le virage marchand de nos universités, mais elle compte chambarder le fonctionnement de bien d’autres secteurs :

Et rien de tout cela ne vise le bien commun, mais uniquement l’application d’une idéologie affairiste… Épeurant!

Le PQ

D’entrée de jeu, je tiens à préciser qu’une victoire du PQ me fait moins peur que celle du PLQ et de la CAQ. Cela dit, certains éléments de sa plateforme m’inquiètent. Même si les imprécisions sur les référendums d’initiatives populaires (RIP) laissent songeurs, ce n’est pas le pire. Ce qui m’inquiète davantage, c’est le potentiel de division de certaines de ses propositions.

D’une part, l’application de la Loi 101 au cégep me semble avoir un fort potentiel de division, sans pourtant être une mesure qui pourrait résoudre le problème bien réel de l’anglicisation de la société, surtout à Montréal. J’avais expliqué cela en détail il y a plus d’un an. D’autre part, les dernières errances du PQ qui tente de jouer avec la citoyenneté des habitants du Québec et avec le concept de laïcité pour l’atteinte d’on ne sait trop quels objectifs me donnent vraiment des frissons. La citoyenneté est un droit trop précieux pour qu’on se mette à jouer à l’apprenti sorcier avec elle. Les mesures proposées par le PQ risquent seulement de créer des classes de citoyens sans s’attaquer aux causes réelles de l’anglicisation. Le PQ a eu beau reculer en partie sur ces points, le seul fait qu’il pense à jouer avec la citoyenneté me fait peur.

D’autres éléments du programme PQ me déplaisent, entre autres ses positions sur l’amiante (position toujours mouvante, prévoyant annuler la subvention à la mine Jeffey, mais autorisant toujours l’exportation…), les mines, le pétrole, et surtout la non contestation du néolibéralisme, mais ce sont ceux qui touchent les droits et la citoyenneté qui m’inquiètent davantage.

Et alors…

Ce que je trouve le plus étrange dans cette sensation de peur, c’est que c’est le parti qui propose les changements les plus importants, soit QS, qui m’effraie le moins. Normal, me dira-t-on, j’y milite! Mais, ce n’est justement pas pour rien que je milite pour ce parti! Il n’en demeure pas moins que les principaux changements qu’il propose, comme l’indépendance, une société plus égalitaire et un développement plus respectueux de l’environnement, me semblent inévitables pour garantir l’avenir de notre peuple et même de l’humanité…

Les jeunes, la CAQ et la vie belle

Il y a quelque temps – tempus fugit – un politicien à la recherche d’attention et d’originalité – je sais, ce n’est que supposition, mais difficile d’imaginer autre chose – a décidé de s’attaquer à nos jeunes pour se faire du capital politique. Jean Charest? Oui, il a bien sûr fait ça, mais je parle de François Legault.

En constatant le succès de son idole (Jean Charest? Lucien Bouchard?), il s’est dit qu’il ne risquait rien à attaquer nos jeunes d’un autre angle, ce qu’il a probablement trouvé comme une idée géniale. Bref, il a lancé sur la place publique que nos jeunes pensent trop à la vie belle.

«Il a rappelé que, l’an dernier, il était allé échanger avec des jeunes qui participaient à l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde : « J’essayais de leur expliquer comment créer de la richesse au Québec. La plupart des questions, c’était : “ Pourquoi ? Pourquoi créer de la richesse ? Moi, ce que je veux dans la vie, c’est de ne pas avoir de stress, être chez nous à 4 heures ! ”»

Vous avez tous pris connaissance de cette déclaration de notre chantre du changement, j’en suis sûr. Moi qui lis au moins deux journaux par jour et consacre beaucoup trop de temps dans les médias sociaux, j’ai lu quelques textes réprobateurs, mais un seul qui mentionnait de façon claire que M. Legault avait tout simplement déformé les déclarations des jeunes… Mais ça, je n’ai lu personne dans les médias traditionnels le mentionner. Pourtant, cela venait d’un ancien éditorialiste en chef et chroniqueur du Devoir, et maintenant directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM), Michel Venne.

Qu’a dit M. Venne? Tout simplement que M. Legault a déformé les faits. Pendant que tous les journalistes péroraient sur les conclusions des affirmations de M. Legault, il semble qu’aucun d’entre eux ne se soit posé la question de savoir si des jeunes avaient vraiment dit quelque chose du genre «Moi, ce que je veux dans la vie, c’est de ne pas avoir de stress, être chez nous à 4 heures !». Or, M. Venne tient un blogue durant la campagne électorale. Et qu’ai-je lu sur ce blogue?

«On peut comprendre que, dans une campagne électorale, un homme politique doive résumer sa pensée et parfois, faire des raccourcis. Mais on n’a pas le droit de déformer la parole des gens. C’est ce que M. Legault a fait avec la parole des jeunes de l’École d’été de l’INM. J’étais présent, le 20 août 2011, lors de l’échange entre M. Legault et les jeunes de l’École d’été. (…) Les jeunes n’ont rien contre la création de richesse. Ce qu’ils questionnent, c’est la façon de la créer et, ensuite, de la redistribuer. »

M. Venne précise qu’ils ont parlé aussi de d’éducation, de l’utilisation de la prospérité pour la justice sociale et de conciliation famille-travail. Il considère donc que «Monsieur Legault devrait s’excuser auprès d’eux».

Qui croire? Hum… Disons que je n’hésite pas trop, et pas seulement parce que ça fait mon affaire! Mais, je ne vais pas me contenter de contester les prémisses, mais aussi les conclusions de M. Legault.

Comparaison du taux d’emploi des jeunes

Bien avant moi, certains ont soulevé le fait que le taux d’emploi des jeunes est plus élevé au Québec qu’en Ontario, 57,7 % par rapport à 52 %. La source n’étant pas mentionnée, j’ai pédalé un peu pour trouver ces données. Selon ce que j’ai trouvé, il s’agit du taux d’emploi désaisonnalisé pour juillet 2012. On trouve en effet dans ces données que le taux d’emploi des jeunes québécois âgés de 15 à 24 ans était bien de 57,7 %, mais que celui des jeunes de l’Ontario était en fait de 50,0 %, encore moins! Pour le reste du Canada, ce taux était de 53,6 %, selon le fichier cansim 282-0087.

Ce que ces données ne disent pas, c’est que la différence la plus grande entre les taux d’emploi des jeunes s’observe chez les étudiants. Comme Statistique Canada ne publie des données sur les étudiants que durant les mois d’étude (septembre à avril), la donnée la plus récente date d’avril 2012. Ce mois là, le taux d’emploi des étudiants du Québec âgés de 15 à 24 ans était de 45,5 %, celui des jeunes étudiants de l’Ontario de 32,9 %, et celui des jeunes étudiants du reste du Canada de 35.3 % (cansim 282-0005). Celui du Québec était simplement le plus élevé de toutes les provinces canadiennes.

Données sélectionnées («cherry picking»), pourrait-on penser… Alors, j’ai refait l’exercice avec la moyenne des 8 mois d’étude de 2011, à l’aide des données du tableau cansim 282-0095. Pour varier mon billet, je vais cette fois présenter le résultat sous forme de graphique. Non seulement c’est plus joli, mais j’ai lu un article scientifique récemment qui citait des études démontrant que les graphiques sont le mode de présentation de données le plus convaincant.

Encore une fois, on peut voir que le taux d’emploi des jeunes étudiants était le plus élevé au Québec. On ne peut cette fois invoquer le hasard, la gréve étudiante ou tout autre motif pour nier que nos jeunes ne sont pas vraiment des amateurs de belle vie. Cela montre aussi que, malgré les droits de scolarité universitaires les plus faibles au Canada, les étudiants sont nettement plus nombreux proportionnellement à travailler tout en étudiant au Québec, d’autant plus que l’écart entre le taux d’emploi fut en 2011 beaucoup plus élevé chez les jeunes âgés de 20 à 24 ans (écart de 10,7 points de pourcentage entre le Québec et le reste du Canada, 57,1 % par rapport à 46,4 %) que chez ceux âgés de 15 à 19 ans (écart de 4,8 points, 37,0 % par rapport à 32,2 %).

Et alors…

On peut constater que les attaques contre les jeunes sont devenues sans danger pour les politiciens du Québec. Non seulement ils ne subissent pas la réprobation généralisée, malgré quelques textes réprobateurs, mais ils s’appuient sur les préjugés les plus bas d’une certaine partie de la population. Que les faits les contredisent, cela ne semble pas importer. Que les déclarations qu’ils rapportent soit déformées, cela semble pas plus important.

Au delà de l’incurie de ces adultes qui se font du capital politique sur le dos des jeunes, ce genre d’attaques, qu’elles visent les jeunes, les parents, les adultes sur l’aide sociale ou n’importe quel groupe minoritaire de la société, illustre une tendance qui s’en vient de plus en plus répandue en politique, celle d’emprunter au monde de la publicité les techniques de segmentation de la clientèle, comme j’en avais parlé plus en détail dans un précédent billet :

«Ils segmentent ainsi leur «marché» comme le font les manufacturiers et les commerçants : tel produit pour tel citoyen, tel autre pour d’autres catégories de citoyens.»

Les attaques comme celles du chef de CAQ sont encore plus pernicieuses : on ne fait pas que viser une niche de l’électorat, mais on le fait en dénigrant les autres. Et il n’est pas le seul! Je vais m’arrêter là avant de changer complètement de sujet!

 

Êtes-vous étonnés?

Tous les médias que j’ai consultés soulignent l’excellente performance de Françoise David au débat des chefs. La plupart la considère gagnante. Étonnant?

Bon, certains ont voulu minimiser sa performance en prétendant que c’était plus facile pour elle, vu qu’il n’y avait pas d’attente sur sa performance. Pas d’attente? Peut-être pour les journalistes! C’est mal connaître les militants de QS! C’est mal évaluer l’importance qu’elle accordait à sa prestation, elle qui a perdu deux élections dans sa circonscription et considère cette élection comme sa dernière chance de l’emporter (pas moi!).

Mais, je le répète, est-ce étonnant? Pas pour moi qui l’ai entendue à de nombreuses reprises exprimer ses idées et ses idéaux avec fougue et ferveur! Pas pour Amir Khadir, j’en suis certain, qui plaignait ses adversaires à l’avance lors de son investiture.

Mais au delà de ses aptitudes indéniables à exprimer ses idées, comment expliquer son calme, le fait qu’elle ait reconnu les bons coups de ses adversaires avant de les pourfendre pour leur mauvais? C’est pourtant simple…

Ses collègues ou adversaires au débat visaient tous le pouvoir et étaient prêts à tous les compromis, toutes les bassesses pour l’obtenir. Elle, elle défendait des idées, une vision de la société. Elle n’avait rien à cacher, tout à montrer. Elle n’essayait pas de trouver le meilleur moyen de discréditer ses adversaires, mais bien celui de faire avancer sa vision de la société.

Avec le cynisme actuel, on semble avoir oublié qu’il existe encore des gens qui vont en politique pour défendre leurs idées. Merci Françoise de nous l’avoir rappelé!