À chaque élection, il y a toujours un petit rusé qui pense avoir découvert le concept du siècle, le changement! Pourtant, y a-t-il un concept plus utilisé et plus galvaudé que le changement? Nombreux ont été ceux qui ont fait remarquer que le slogan actuel de la CAQ, «C’est assez, faut que ça change!», «s’apparente à celui du Parti libéral de Jean Lesage en 1960, qui a lancé la Révolution tranquille avec cette formule célèbre : « C’est le temps que ça change ». J’ajouterai que celui du Parti libéral de Jean Lesage était au moins en bon français… Bref, s’il y a une chose qui ne change pas, c’est bien le désir de changement.

Mais quel changement ?

Ce qu’il y a de fascinant avec le concept du changement, c’est qu’on le présente comme quelque chose d’intrinsèquement bon, sans qu’on ait besoin de dire en quoi consiste le changement qu’on propose. Stephen Harper a déjà promis des changements (et il tient malheureusement parole…), tout comme Jack Layton, François Hollande, Barack Obama et finalement tous les chefs de partis politiques du monde entier. En fait ce serait quasiment impossible de trouver un parti politique qui n’a jamais promis de changement! On imagine mal une campagne électorale misant sur le slogan «Vive le statu quo!»! Bref, comme concept vide de sens qui n’engage à rien, on ne trouve pas mieux!

François Legault en rajoute en prétendant vouloir un «vrai changement»! Il fallait y penser! Encore là, j’imagine mal un parti politique mettre de l’avant un faux changement… Mais que veut changer la CAQ et son chef?

«mettre fin à la domination des deux vieux partis qui ont chacun à leur façon mené le Québec à une impasse»

Ouais, c’est du changement, ça! Changer des partis usés par le pouvoir pour la CAQ menée par un ancien ministre!

«Dénonçant « la corruption, le copinage et le gaspillage [qui] sont devenus la marque de commerce du Parti libéral », il a promis qu’un gouvernement caquiste « mettra de l’ordre dans notre maison » et gouvernera « en fonction de la population et non des groupes d’intérêts »

Y a-t-il un seul parti, même le PLQ, qui ne promet pas de s’attaquer à ce problème? La CAQ est-elle vraiment à l’abri de ce fléau?

«Le parti de l’économie, c’est la Coalition avenir Québec»

Oh que c’est original et signe de changement! C’est exactement le même discours que le PLQ qui dit être le seul parti à «prioriser» l’économie! Pour du changement, on repassera!

Tout en disant qu’il «devient «gênant» de voir la métropole ainsi «dénigrée par tout le monde», il ne se prive pas pour dénoncer la gouvernance de Montréal  et «promet de faire le ménage de l’administration montréalaise»! Tout un changement! Mieux, il dit vouloir favoriser les transports pour les banlieusards aux détriments de la prolongation du métro pourtant demandée par tous les élus locaux! Favoriser l’étalement urbain, c’est ce que fait le gouvernement actuel depuis toujours!

Même si la criminalité est à son minimum historique et même si le taux de criminalité est plus faible au Québec que dans le reste du Canada, en bonne partie grâce à son système moins punitif, il prétend que c’est le «temps de serrer la vis aux contrevenants»! Si pour lui le changement, c’est d’imiter Stephen Harper, j’espère que la CAQ récoltera aussi peu d’appui que les conservateurs!

Je pourrai poursuivre ainsi, mais ma collègue de blogue Koval a déjà souligné les nombreuses contradictions dans les annonces et gestes de la CAQ. Je ne mentionnerai que les promesses de cesser l’exportation de l’amiante… tout en maintenant la subvention de 58 millions$ à la mine Jeffrey, et de rapatrier les pouvoirs du fédéral en environnement, mais pas dans un premier mandat! La CAQ veut du changement, mais pas trop et pas trop vite!

Pendant ce temps…

… QS a présenté des engagements électoraux et un cadre budgétaire qui contiennent de nombreux changements de fond à la façon actuelle de gérer l’économie, de financer l’État et les services publics, et de répartir les revenus tout en respectant l’environnement. Il entend également mettre de l’avant un processus crédible pour en arriver à l’indépendance.

Ce programme contient donc de nombreux changements fondamentaux qui n’ont aucun besoin du mot «changement» pour qu’on sache qu’ils en sont! Et on ne veut pas que la population les adopte parce qu’ils sont des changements, mais bien en raison de la teneur de ces changements. Mais, pour qu’ils se réalisent, il va falloir se tenir debout!