Michel Roche, professeur en science politique à l'UQAC, explique pourquoi il appuie Québec solidaire
Discours à l’assemblée d’investiture des candidates de Québec solidaire de Chicoutimi et Dubuc, le 25 février 2007
Développer 2 idées :
1- Le néolibéralisme utopique (ou : de quel côté se trouve la lucidité ?)
2- Le PQ et son incapacité de mobiliser pour un Québec souverain
Première partie
Québec solidaire se fait constamment attaquer au nom du réalisme, de la lucidité
Faisons un rapide examen de ce que ces gens-là proposent pour améliorer
la situation. On nous reproche de ne pas avoir de chiffres. J’en ai quelques-uns, grappillés çà et là, dans différentes études. Vous verrez que c’est intéressant.
D’une manière générale, le discours dominant – répété à satiété par les organisations patronales et relayé par les grands médias qu’elles contrôlent – soutient que :
- plus l’État intervient, plus l’économie va mal à et donc à plus le marché est libre, plus on est prospères
- l’État, sermonnent-ils, devrait laisser à l’entreprise privée le soin de gérer tout ce qui est à sa portée à il faut donc privatiser le plus possible programmes sociaux sont «généreux», plus on s’endette;
- plus les impôts sont élevés, moins on est compétitifs
- on nous dit aussi que l’argent doit être concentré entre les mains des plus riches, parce que les plus riches investissent – et donc créent de l’emploi et de la richesse, alors que les plus pauvres jetteraient l’argent par les fenêtres
Mais que nous ont valu plus de 20 ans de politiques néolibérales ?
1- Nous vivons une révolution technologique depuis le milieu des années 1980 : il s’agit de la première révolution technologique, de toute l’histoire de l’économie capitaliste, à n’entraîner aucune diminution des heures de travail
Au contraire à le nombre d’heures travaillées a augmenté au cours des dernières années (et il paraît que ce n’est pas encore assez, d’après Lucien Bouchard)
Et ce que le gouvernement libéral a fait juste avant Noël, pour libéraliser encore davantage les heures d’ouverture des commerces, ne va certainement pas remédier à la situation !
2- Aussi à la génération des moins de 45 ans = première génération qui ne connaît aucune amélioration substantielle de son niveau de vie par rapport à la précédente
(Selon Statistique Canada à en 2005, le salaire des jeunes travailleurs a reculé de 15% en 20 ans !)
C’est une première dans l’histoire de l’économie capitaliste
Nos grands-parents ont mieux vécu que leurs parents mais moins bien que nos parents à aujourd’hui à les 20-45 ans ne vivent pas mieux que leurs parents à pire à certaines données démontrent que leurs salaires sont inférieurs à c’est une première (masquée par l’effet de patrimoine)
(La fameuse chanson de «Mes aïeux» est très proche de la réalité.)
3- Ce qui est nouveau aussi à les gains de productivité, autrefois, étaient partagés entre le capital et les salariés (tout le monde en profitait)
Depuis 25 ans à presque 100% des gains de productivité ont été empochés par le capital, c’est-à-dire par les patrons et les actionnaires !
4- Il n’est donc pas étonnant que les inégalités, dans le monde et au Québec, augmentent sans cesse !
Ex. : En 4 ans (1994 à 1998, selon le rapport du PNUD, 1999) à le patrimoine net des 200 personnes les plus riches du monde a plus que doublé
Les 225 personnes les plus riches du monde = 1000 milliards de dollars (US)
Selon le PNUD, il suffirait de moins de 4% de la richesse cumulée des 225 plus grosses fortunes mondiales pour donner à toute la population du globe l'accès aux besoins de base et aux services sociaux élémentaires (santé, éducation, alimentation).
la Chine!
Les 15 premières fortunes = PIB de toute l’Afrique subsaharienne
Les 3 premières fortunes = PIB combinés des 48 pays les plus pauvres
Au Québec aussi, les plus riches se sont enrichis alors que les salariés maintiennent leurs acquis – dans les meilleurs cas – ou reculent dans les pires cas
Prenons l’exemple du salaire minimum.
Tout le monde connaît les réticences du gouvernement de l’augmenter
Les organisations patronales (CPQ, Association des manufacturiers du Québec, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante) et leurs think tank (du type Institut économique de Montréal)
Soutiennent que toute hausse du salaire minimum signifie pertes d’emploi, baisse de la compétitivité des entreprises, faillites, fuites de capitaux et autres catastrophes
En 2006 à salaire minimum = 7.75 $ = 16,120 dollars/an (40 h/sem.)
Seuil de faible revenu = 20,778
Québec solidaire à propose 10 dollars l’heure et suscite les hauts cris !
10 $/h = 20800 dollars/an = seuil officiel de faible revenu !
(Dans les faits à le salaire minimum a baissé, en dépit de hausses apparentes
Ex. : de 1996 à 2006 à hausse SM = 15,6%
Hausse inflation = 19,71%)
On se fait reprocher, par l’ONU (rapport de 2006) de ne pas faire la lutte à la pauvreté, malgré toute la richesse produite !
Mais tout cela ne suffit pas aux yeux de nos élites : il paraît que nous sommes trop taxés, collectivement.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Souvenez-vous du Manifeste pour un Québec lucide. Les personnes qui affirment que nous sommes trop taxés nous disent également ceci :
- qu’il faut augmenter les tarifs d’électricité
- qu’il faut augmenter les taxes à la consommation (la TVQ)
- qu’il faut augmenter les droits de scolarité
Est-il vrai que nous sommes trop taxés ?
Voici les chiffres :
MAIS (ce qui n’est pas comptabilisé) :
Au Québec à les permis de conduire et immatriculation = régime public à = 130 dollars par année
En Ontario à le régime est privé à ne fait pas partie des contributions versées à l’État
Combien ça coûte en Ontario ?
1123 dollars !
Au Québec à nous avons fait le choix d’avoir une meilleure accessibilité aux études universitaires qu’ailleurs en Amérique du Nord
Combien coûtent les droits de scolarité au Québec ?
1900$ par an
En Ontario ?
4881 dollars !
Au Québec, nous n’avons pas de pétrole comme en Alberta, mais nous avons de l’électricité moins chère
Chauffer une maison unifamiliale = 1687 dollars
En Ontario ?
2943 dollars
5400 dollars ! (Et il fait moins froid !)
Puisqu’on parle des Etats-Unis à on paie peut-être moins d’impôt, mais l’assurance-santé est privée
Résultat : 46 millions d’États-Uniens n’ont pas de couverture médicale
Hospitalisation = première cause des faillites aux USA
On peut bien tout privatiser pour payer moins d’impôts à mais la vie coûtera plus cher !
S’il est faux que nous sommes trop taxés, de quoi nos élites se plaignent-elles ?
Eh bien, il paraît que ce sont nos entreprises qui sont trop taxées, dans le contexte de l’Amérique du Nord
à ce ne sont donc pas les salariés, les gens ordinaires qui sont trop taxés (on veut même les taxer davantage), ce sont les entreprises
Dans quelle mesure ceci est-il vrai ?
D’après le Canadian Business Magazine, Price Waterhouse Coopers et la firme de comptables KPMG à Montréal et Québec seraient les villes les moins chères du monde industrialisé pour investir
Comparons encore le Québec et l’Ontario :
Québec à verse 5 milliards de dollars/an aux entreprises en subventions directes et indirects
Ontario à verse 1 milliard
Québec à verse 400 millions aux écoles privées
Ontario à ne donne pas un sou !
Les entreprises – au Canada et au Québec – sont tellement peu taxées qu’en 1995 à le FMI a recommandé au gouvernement du Canada de les taxer davantage !
Qu’ont fait les gouvernements libéraux et péquistes ?
Ils ont diminué les contributions des entreprises !
Les 3 principaux partis promettent de les réduire davantage !
André Boisclair veut d’ailleurs soulager le capital – le pauvre !
D’ailleurs à Boisclair promet (plate-forme adoptée hier) d’abolir la taxe sur le capital à et en échange à va indexer les prestations d’aide sociale pour ceux qui sont aptes au travail ! Impressionnant !
Conclusion : les riches seront encore plus riches, les plus pauvres resteront au même niveau! Et ils appellent cela de la social-démocratie !
Poursuivons à la part des salaires dans le revenu national = la plus faible depuis des décennies
Part des profits = la plus élevée en 75 ans ! (2004)
(1990 à 11 milliards)
Et après cela, on nous claironne que nous sommes pauvres à que le programme de Québec solidaire est utopique
Mais la richesse est là !
Il s’agit de la répartir un peu mieux, en fonction du principe de la solidarité, de la recherche du bien commun !
Ne nous laissons pas obnubiler par une prétendue montée de la droite !
Cette montée de la droite n’a rien à voir avec la marée : elle a tout à voir avec les positions des trois partis qui dominent l’univers médiatique
Dans les milieux populaires, on n’entend aucun autre discours à on se trouve complètement désarmé face à cette offensive
La colère existe à mais elle est aveugle à elle ne sait sur qui se diriger
Cette colère aveugle est ainsi exploitéepar la droite populiste, particulièrement bien incarnée par la
direction de
l’ADQ, et qui frappe sur :
- Les syndicats
- Les fonctionnaires
- Les immigrants
- Montréal (le Plateau Mont-Royal à autre façon de dire : les intellectuels)
Il revient à la gauche de tout faire pour orienter cette colère vers ceux qui en sont responsables
Ce sera une grande bataille à mais il n’y a pas d’autre voie
Il faut rompre avec ce discours qui prétend que nous somme trop pauvres.
Nous produisons infiniment plus de richesse qu’au début des années 1960, la productivité du travail a progressé de façon géométrique, nous sommes beaucoup plus instruits et polyglottes qu’à cette époque
Et on ne peut plus vivre comme avant ?
Que s’est-il donc passé ? Une catastrophe naturelle ou nucléaire aurait-elle détruit nos capacités productives sans qu’on s’en rende compte ?
Il faut tout de même s’interroger sur la logique d’un régime qui produit plus de richesse qu’avant et qui exerce des pressions diverses pour que les pauvres s’appauvrissent et que les salariés fassent leur part de sacrifices, alors que les plus riches s’enrichissent de façon éhontée !
Bernard Landry a d’ailleurs déjà affirmé que nous n’avons pas assez de riches au Québec et qu’il faudrait donc en importer !
De toute évidence à les politiques néolibérales n’ont pas apporté les fruits attendus par nos élites à ces idées – qu’on nous présente comme étant neuves par rapport à celles qui ont animé l’esprit de la révolution tranquille mais qui datent de la fin du XVIIIe siècle à ont fait faillite
Les vrais utopistes, ce sont ces néolibéraux, pas nous !
Dernier point
On nous accuse de retarder le processus devant mener à la naissance d’un Québec souverain
Nous allons «diviser» le vote !
Mais c’est précisément le PQ qui nous divise !
Un million de personnes à ont voté oui en 1995 et n’ont pas voté pour le PQ en 2003
Ce n’est tout de même pas Québec solidaire, fondé en 2006, qui est responsable de ce qui s’est produit en 2003 !
Que gagnerions-nous à tous nous rallier derrière le Parti québécois actuel ?
Sur le plan économique et social, tout le monde connaît les positions de Boisclair et de son entourage
- Faire du Québec «l’endroit au monde où le capital est le mieux accueilli possible»
- Il affirme vouloir s’attaquer à la dette : qui en payera le prix ?
- Il dit qu’il «partage plusieurs idées» avec Alain Dubuc. Sachant qu’il ne s’agit pas de la question nationale, on devine facilement dans quel domaine se situent leurs affinités...
- Au sujet de l’arrêt Chaoulli, le chef péquiste a refusé d’écarter tout recours à la médecine à deux vitesses
- Il a également refusé, advenant son élection, de revenir sur le coup de force imposé aux 500,000 employés de l’État.
- Enfin, au Conseil national de son parti, en octobre dernier, il a fermé la porte à tout
projet de
nationalisation de l’énergie éolienne, balayant du revers de la main le vote exprimé par les membres présents
Conséquence à non seulement il serait élu sans enthousiasme, avec un appui minoritaire à mais en plus à ses politiques contribueront à lui aliéner un certain nombre de personnes qui l’auront appuyé
Actuellement, d’après les sondages, 32% des électeurs vont appuyer le PQ, mais 45% répondraient OUI à la question référendaire de 1995. Les 13% manquants ne sont malheureusement pas tous des électeurs de Québec solidaire !
Il ne s’agit pas, de la part du PQ, d’une simple erreur stratégique : sa stratégie est intimement liée aux intérêts qu’il défend :
Toute l’histoire du PQ est marquée par une volonté de redéfinir le statut du Québec en mobilisant le moins possible, sachant qu’un peuple mobilisé pourrait tout à coup prendre conscience de sa force et mener le projet un peu plus loin que ce qui avait été prévu par le parti... Un peuple mobilisé, c’est mauvais pour les affaires.
À défaut de mobiliser, il lui reste comme unique stratégie l’attentisme.
C’est ce qui permet de comprendre le refus catégorique de Boisclair d’appliquer le programme du PQ, dont il se dit pourtant le «fiduciaire».
- Plus question d’élaborer une «constitution initiale»
- de formuler des politiques nationales sur la base du cadre financier d’un Québec souverain
-
de préparer un
plan de transition vers la souveraineté, de susciter la participation populaire (ce que Parizeau avait effectué avec un certain succès avec ses commissions régionales et nationale sur la souveraineté).
Le programme électoral sera basé sur la gestion provinciale.
Il est donc important que Québec solidaire prenne toute la place qui lui revient dans la lutte pour l’émancipation du peuple québécois.
L’histoire des 150 dernières années a clairement démontré que là où les luttes sociales et nationales se conjuguent, les chances de victoire sont les plus élevées.
Sinon, si on sépare le «social» et le «national», nous affaiblirons le combat pour l’un comme pour l’autre.
Avec le PQ, nous aurions donc un gouvernement de droite et certainement pas un Québec souverain
N’oublions qu’un grand nombre de personnes votent pour le PQ avec beaucoup de réticences et ne le font que parce qu’ils sont en faveur de la souveraineté.
Ce sont ces gens-là aussi qu’il faut aller chercher.
Un million de personnes, dis-je, ont voté oui et n’ont pas voté pour le PQ
Le PQ fait tout ce qu’il peut pour conserver son monopole sur la question nationale
Il faut lui arracher ce monopole. Il faut dépéquiser la question nationale !
Pour nous : la question nationale appartient au peuple lui-même
D’où : l’élection d’une assemblée constituante
De cette manière à un gouvernement pourra gouverner, se faire aimer ou se faire haïr à mais n’aura aucun impact sur l’appui à la souveraineté
En élaborant elle-même la constitution d’un Québec souverain à comment la population pourra-t-elle ensuite dire se dire non à elle-même ?
Québec solidaire doit prendre toute la place qu’il peut dans le débat et ne pas hésiter à affronter le PQ sur ce terrain à Ce parti existe depuis 39 ans, il a exercé le pouvoir pendant 18 ans et a échoué !
Ce n’est pas avec des slogans publicitaires et des beaux sourires devant les caméras qu’on fera l’indépendance mais avec un peuple mobilisé !!!
Merci.


