Adoptée par le Congrès de fondation en février 2006

Québec solidaire fait son entrée sur la scène politique québécoise pour offrir une alternative progressiste aux partis existants. Une alternative large, rassembleuse, enracinée dans toutes les régions. Une alternative capable de porter et de réaliser les espoirs de changement de tant de femmes et d’hommes du Québec! Une alternative permettant de bâtir un monde à la mesure de nos rêves.

Québec solidaire se voue entièrement à la défense et à la promotion du bien commun. En d’autres mots, il fait primer l’intérêt de la collectivité sur l’intérêt d’une minorité possédante. Il consacre son énergie à la recherche de l’égalité et de la justice sociale, au respect des droits individuels et collectifs. Il reconnaît l’interdépendance des humains entre eux et avec la nature.

Tout cela exige une transformation profonde du Québec. Pour notre parti, cela signifie de s’opposer au néolibéralisme, cette version moderne du capitalisme, qui domine nos sociétés et hypothèque leur avenir comme celui de la planète.

Pour montrer qu’un autre Québec est possible, notre parti compte élaborer un programme et une plate-forme offrant des propositions concrètes et, au besoin, chiffrées. Elles s’inspireront notamment des valeurs de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité : l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix.

Pour le moment, nous voulons faire connaître les valeurs qui guident nos actions et les principes qui s’y rattachent. Ces valeurs et ces principes disent le Québec dont nous rêvons pour nous et pour nos enfants.

Nous sommes écologistes

Nous estimons que notre planète doit être viable pour les gens qui y vivent maintenant, mais aussi pour les générations à venir. Les ressources de cette planète ne sont pas inépuisables. Ses différents écosystèmes ne peuvent être perturbés impunément.

L’humanité peut et doit encore se développer, car d’énormes besoins restent à combler : logement, eau potable, éducation, santé, culture, etc. Le développement doit se faire en fonction des besoins des peuples, mais aussi des capacités de la planète. Il doit donc être repensé non plus strictement en termes économiques, mais en termes de viabilité. Pour y parvenir, il faut une économie verte. Nous remettons donc en question le système productiviste, à courte vue, qui cherche uniquement le profit maximal. Nous proposons, par exemple, une agriculture respectueuse de l’environnement, ainsi que la gestion et le contrôle collectifs des ressources essentielles comme l’eau et des richesses naturelles comme les forêts.

Bien sûr, le Québec ne sauvera pas la planète à lui seul, mais il a un rôle à jouer. Avec les moyens à sa disposition (lois, règlements, fiscalité, campagnes de sensibilisation, etc.), l’État doit favoriser les comportements responsables et pénaliser les pollueurs corporatifs ou autres.  Des entreprises, surtout parmi les plus grandes, sont, en effet, de loin les principales responsables des déséquilibres écologiques. L’accumulation sans fin du capital ne peut conduire qu’à l’épuisement des ressources et à l’étouffement de la vie.

Chaque personne peut aussi faire sa part. Pour ce faire, nous devons accepter de modifier nos modes de production, de consommation et de vie. Le Québec vert que nous voulons exige de repenser le travail, notamment le temps qui y est consacré et sa répartition. Ceci pourrait d’ailleurs nous permettre de retrouver une denrée de plus en plus rare, le temps : le temps d’aimer, de réfléchir, de jouer, de se cultiver, de collaborer, de s’engager socialement et politiquement.

Nous sommes de gauche

Nous faisons la promotion de la justice sociale, de l’égalité, de la solidarité. Nous estimons que l’État doit intervenir pour garantir le respect des droits humains, redistribuer la richesse, encadrer l’économie. Il doit agir afin d’assurer l’universalité des services publics et parapublics, la pleine accessibilité à l’éducation ainsi que des programmes sociaux partout au Québec. Voilà autant des responsabilités que le néolibéralisme tente sinon d’éliminer, du moins de réduire à leur plus simple expression.

L’une de nos principales préoccupations sera l’élimination de la pauvreté qui n’est ni une fatalité ni une simple responsabilité individuelle. Elle est plutôt la conséquence de choix de société dont celui de laisser s’élargir les écarts de revenu entre riches et pauvres. Nous proposons quant à nous une approche globale et préventive de lutte à la pauvreté permettant d’intervenir dans tous les domaines pertinents dont le revenu, le travail, l’éducation et la formation, le logement, l’accès aux services publics. Cette approche se basera sur le respect des droits humains et l’inclusion des personnes vivant la pauvreté. Elle s’accompagnera de mesures assurant une meilleure redistribution de la richesse, ce qui implique entre autres, une révision en profondeur de la fiscalité et l’adoption d’une politique de développement local et régional.

Parce que nous sommes de gauche, nous voulons repenser l’économie pour qu’elle soit davantage au service des personnes et des collectivités. Tous les secteurs de l’économie seront mis à contribution et devront fonctionner dans le respect du bien commun et des règles sociales, environnementales et autres en vigueur au Québec. Quel que soit le secteur, notre objectif sera de renforcer le contrôle collectif et les initiatives de la population au sein même des entreprises et par rapport aux décisions économiques qui la concernent.

Nous sommes démocrates

La démocratie est malade. L’absentéisme électoral ne cesse d’augmenter au Québec, tout comme la désillusion et le cynisme par rapport à la chose politique et aux personnes qui y sont engagées.

L’exercice démocratique doit donc être repensé pour encourager la participation des citoyennes et des citoyens y compris les personnes plus exclues ou marginalisées, aux choix de société. C’est ce que nous appelons la démocratie participative. Elle devra s’exercer du niveau national jusqu’aux régions, villes, villages et quartiers. Cette préoccupation devra aussi se refléter dans le fonctionnement de notre parti.

La démocratie participative doit également faire l’objet d’un grand ménage pour faire davantage place à la transparence, à l’imputabilité et à l’intégrité. Ne devrait-on pas, par exemple, obliger les personnes élues à l’assemblée nationale à tenir au moins une assemblée publique par année en dehors des périodes électorales pour rendre des comptes à leurs électrices et à leurs électeurs? De plus, le système électoral doit faire l’objet d’une réforme, ce qui inclut la réforme des institutions politiques et du mode de scrutin. Celui-ci devra laisser une large place à la proportionnelle de manière à ce que chaque vote puisse vraiment compter et que les femmes et les personnes d’origines diverses puissent être mieux représentées.

Un autre gage de la démocratie est l’espace et le rôle accordés à la société civile. Nous reconnaissons donc l’importance des mouvements sociaux, communautaires et syndicaux, ainsi que les autres formes d’organisation des citoyennes et des citoyens.

La complexité des problèmes économiques, sociaux et environnementaux des sociétés modernes oblige encore davantage à repenser les manières d’exercer la démocratie. Le temps des politiciens sauveurs et des recettes miracles est révolu. Les solutions aux problèmes émergeront dans de nouveaux espaces de délibération et de participation où les citoyennes et les citoyens pourront pleinement s’impliquer et détenir un réel pouvoir.

Notre parti prône, enfin, la laïcité complète de l’État et des services publics, du système judiciaire et du système d’éducation.

Nous sommes féministes

La recherche de l’égalité entre les hommes et les femmes inspire notre démarche politique tout comme notre fonctionnement interne. Durant les dernières décennies, les Québécoises ont obtenu des gains importants entre autres au plan juridique. Il reste cependant beaucoup de chemin à parcourir pour que l’égalité se traduise totalement dans les faits, surtout qu’elle fait face à des obstacles supplémentaires dans le contexte néolibéral actuel. Bien des femmes vivent par ailleurs une double discrimination parce qu’elles sont pauvres, autochtones, lesbiennes, immigrantes ou handicapées. Leur marche vers l’égalité est d’autant plus ardue.

Les inégalités vécues par les femmes sont le résultat d’un système d’oppression, le patriarcat. Ces inégalités viennent des rôles sociaux et culturels attribués aux femmes qui sont considérés inférieurs par rapport aux rôles des hommes.

Dans notre parti, les femmes et les hommes sont partenaires de l’objectif de l’égalité. Nous soutenons les luttes féministes, ici et ailleurs, afin que cet objectif devienne réalité dans toutes les sphères de la société. Les politiques et les mesures gouvernementales seront aussi analysées en fonction de leurs impacts différents sur les hommes et les femmes.

Notre engagement envers l’égalité s’applique au fonctionnement de notre parti. Pour atteindre cet objectif, nous prendrons des mesures incitatives, et obligatoires au besoin. Nous adopterons aussi, au jour le jour, des règles et des pratiques permettant la parité et la plus complète participation des femmes aux structures comme aux élections.

Nous sommes altermondialistes

Nous voulons travailler à établir des liens plus solidaires, plus égalitaires et plus harmonieux entre les peuples du monde entier. Nous savons que bon nombre de problèmes environnementaux, sociaux ou politiques exigent des solutions à l’échelle planétaire. Ils ne se règleront pas dans le cadre de la mondialisation capitaliste qui favorise une minorité de possédants au détriment des droits humains fondamentaux. Il faut des solutions équitables pour mettre fin à l’exploitation des pays en développement.

Nous rejoignons donc les efforts des personnes qui travaillent à une autre mondialisation et à un autre monde. Un monde qui respecte les droits des peuples et des individus, qui se donne les moyens de combattre des fléaux comme la pauvreté et la pollution.

Être altermondialistes, c’est aussi prêter main forte aux mouvements de solidarité avec les peuples en lutte contre des situations d’oppression. Nos solidarités vont aux milliards de personnes vivant dans un état de pauvreté abject, aux femmes exploitées et opprimées à travers le monde, aux enfants esclaves ou soldats.

Nous sommes également pacifistes. Nous pensons qu’aucune tradition, aucune religion, aucune idéologie, aucun système économique ou politique ne justifient la discrimination ou la violence entre les personnes et les peuples. Nous refusons les guerres qui visent à soumettre des peuples et des nations afin de contrôler leur territoire, de piller leurs ressources ou d’asservir leur population. La justice est une condition incontournable de la paix, tout comme l’ouverture et le dialogue.

Nous sommes d’un Québec pluriel

Ces principes altermondialistes et pacifistes s’appliquent aux relations que nous voulons établir avec les autres peuples habitant le territoire du Québec. Nous considérons les Autochtones comme des peuples à part entière et nous voulons que soient reconnus, y compris par des  ententes formelles, leurs droits ancestraux et territoriaux. Nous prônons des relations d’égal à égal, de nation à nation, avec les dix peuples amérindiens et le peuple inuit pour en arriver à une gestion partagée du territoire et des ressources.

Comme le chante Gilles Vigneault, «tous les humains sont de ma race ». C’est notre vision d’un Québec moderne, diversifié, pluraliste et inclusif. Ce Québec est bâti sur l’apport d’une importante majorité francophone, mais aussi d’une communauté anglophone aux droits historiques reconnus. Il s’enrichit aussi, et depuis longtemps, de la contribution de personnes appartenant à différentes communautés issues de l’immigration dont il faudra favoriser la participation pleine et entière au monde du travail de même qu’à la vie sociale et politique. Pour ce faire, il est essentiel de renforcer la lutte contre le racisme et les autres formes de discrimination s’exerçant dans différents domaines comme l’accès au logement, à l’emploi ou à la justice.

Nous nous engageons à lutter ici et maintenant contre toutes les formes d’intolérance, de racisme, d’homophobie et d’atteinte à la dignité humaine.

Nous sommes d’un Québec souverain et solidaire

La population québécoise forme une nation qui a de nombreuses caractéristiques spécifiques dont une langue commune – le français -, une culture, une histoire et des institutions politiques, économiques et sociales propres. Elle inclut des personnes de toutes origines auxquelles il appartient désormais de définir, ensemble, en toute égalité, son présent comme son avenir politique. Cette nation a le droit absolu de décider elle-même cet avenir, sans ingérence de l’extérieur.

La question nationale n’appartient pas à un seul parti politique, ni même à l’Assemblée nationale. Elle appartient à toute la population du Québec. C’est pourquoi notre parti propose que le débat sur l’avenir du Québec se fasse au moyen d’une vaste démarche de démocratie participative. Toute la population pourra ainsi se prononcer sur des changements politiques et constitutionnels, de même que sur les valeurs qui y seront associées. Un référendum clôturera cette démarche qui devra prendre le temps nécessaire pour favoriser la réflexion la plus large et la plus inclusive possible.

Le Québec doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires à son plein développement aux plans social, économique, culturel et politique, ce qui lui est refusé dans le cadre fédéral. Notre parti opte donc pour la souveraineté. Sans être une garantie, la souveraineté est un moyen de fournir au Québec les outils nécessaires pour réaliser son projet de société et s’épanouir pleinement comme peuple.

Notre parti met l’essentiel de ses énergies à construire un projet social et politique fondé sur la recherche du bien commun et sur tous les principes énoncés dans la présente déclaration. C’est donc sur cette base qu’il invite les citoyennes et citoyens de tous les horizons à en devenir membres.

Un autre parti pour un autre Québec!

Pour défendre ces principes sur la scène politique québécoise, notre parti présentera des candidates et des candidats aux prochaines élections. Il s’engagera aussi sur le terrain des luttes sociales en appui aux mouvements progressistes et dans le respect total de leur autonomie.

Québec solidaire est le fruit de la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne. Il appartient désormais à toutes les personnes – femmes et hommes, jeunes et moins jeunes -, de toutes les régions et de tous les horizons qui ont à cœur de bâtir un Québec de justice, d’égalité, de solidarité.

 

Déclaration de principes – 2006