Pendant que la population du Québec s’inquiète de l’essor de l’industrie des gaz de schiste, les gens des Îles appréhendent les impacts écologiques et sociaux majeurs de l’exploration pétrolière et gazière sur et autour de leur territoire.
Je suis ici depuis deux jours. J’ai rencontré des dizaines de personnes, femmes et hommes, amoureux de leurs Îles et terriblement inquiets. Des promoteurs tentent de leur vendre des projets pétroliers et gaziers en leur promettant des emplois, des redevances, des retombées économiques…tout en leur expliquant que les impacts écologiques peuvent être parfaitement contrôlés.
Le projet le plus connu est celui de Old Harry, une plate-forme d’exploitation pétrolière à 80 kms des côtes des Îles, juste sur la frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve. Le gouvernement de Terre-Neuve a déjà dit oui pendant que celui du Québec a mis en place un moratoire jusqu’en 2012. Un mouvement originaire des Îles (Attention Fragiles) a mis sur pied la Coalition St-Laurent qui réunit de plus en plus de communautés côtières non seulement au Québec mais dans toutes les provinces maritimes. Un colloque transprovincial est en préparation pour le printemps 2011 ici, aux Îles. C’est là que réside l’espoir de mettre un terme à ce projet hautement nuisible pour cette mer intérieure qu’est le golfe du St-Laurent. En cas d’accident, une marée noire serait dévastatrice pour les Îles, leur population, la pêche et le tourisme mais les courants marins apporteraient des déchets jusqu’à Montréal. Nous sommes donc toutes et tous concernés par cette folie qui a pour nom Old Harry.
Mais il y a un autre enjeu propre aux Îles de la Madeleine : Gastem veut forer des puits de gaz naturel sur le territoire des Îles, particulièrement à Fatima, un secteur très habité. Le prétexte : alimenter en gaz naturel plutôt qu’en pétrole la centrale thermique qui fournit de l’électricité aux îles. Le promoteur ne s’inquiète aucunement du fait que le forage doit nécessairement traverser la nappe phréatique qui alimente la population en eau potable. Les Madelinots et Madeliniennes sont au contraire très inquiets. Un accident et la nappe phréatique est irrémédiablement condamnée et donc, à terme, les Îles seront désertées par une population qui ne pourra plus y vivre.
Des scénarios catastrophes? Oui mais nous ne pouvons les écarter. La marée noire en Louisiane, ça a bien existé, non? On ne fera pas semblant d’oublier les gigantesques risques associés à l’exploitation pétrolière dans le golfe St-Laurent simplement parce que quelques promoteurs ont bien envie de devenir millionnaires (ou milliardaires!) et de verser de généreux dividendes à leurs actionnaires.
Pourquoi ne pas chercher d’autres avenues pour alimenter la centrale thermique? Pourquoi ne pas aller vers des sources d’énergie vertes, renouvelables, non-polluantes? Pourquoi ne pas envisager un câble sous-marin qui transporterait l’électricité du continent aux Îles de la Madeleine? Tout cela existe ailleurs. Pourquoi ne pas développer le savoir-faire québécois dans des industries de pointe au plan environnemental?
J’ai promis aux amis-es des Îles de me faire leur ambassadrice et d’informer tous ceux et celles qui me lisent de ce qui est vécu ici. Ça commence aujourd’hui.
Nous sommes des millions de Québécoises et de Québécois à avoir visité les Îles de la Madeleine durant nos vacances. Ce paysage dénudé, traversé de sable et de vent nous habite. La population est accueillante, chaleureuse. On se régale ici de produits donnés par une mer généreuse. Et on accepterait que tout cela soit bradé pour presque rien par des gouvernements déconnectés des besoins réels des populations?
Pour Québec solidaire, il n’en est pas question. Je vous invite à aller sur le site d’Attention fragiles, de bien vous informer et de parler du projet Old Harry à tous-tes vos amis-es. Je vous demande aussi de vous préoccuper du forage de gaz naturel sur la terre des Îles et de bien considérer que Gastem est impliqué non seulement dans le gaz naturel conventionnel qu’il veut exploiter ici mais aussi dans le gaz de schiste.
Tous et toutes avec nos amis-es des Îles de la Madeleine!
Françoise David