Lettre à une femme remarquable qui nous a quittés*

Chère Madeleine Parent,

Comme je t’ai aimée et admirée! À plus de 80 ans, lors de la Marche mondiale des femmes en l’an 2000,  tu luttais avec nous contre la pauvreté et les violences faites aux femmes. Tu n’avais rien perdu de ta fougue, de ta capacité à t’indigner bien avant que le mot soit à la mode. Ta voix de velours, loin des expressions tonitruantes d’un Michel Chartrand, n’en disait pas moins des mots redoutables : exploitation, aliénation, néolibéralisme. Mais aussi tu nous appelais inlassablement à l’unité des forces progressistes sans laquelle rien n’est possible. Tu fus solidaire de tous ceux et celles que les pouvoirs politiques et économiques négligent. Tu souhaitais l’indépendance du Québec mais refusait de tomber dans un  nationalisme étroit qui exclut.

Madeleine, tu m’as appris la persévérance car tu avais l’engagement têtu. Tant qu’il y avait une personne à aider, la journée n’était pas terminée.  Il y a des jours où ton souvenir m’habite et me fait du bien.

J’espère que tu ne t’ajouteras pas à la longue liste des femmes remarquables et oubliées d’une histoire qui n’a jamais fait la part belle aux femmes. Je souhaite que l’on parle de toi dans les écoles, que des jeunes femmes s’inspirent de ton parcours pour s’engager dans la transformation du monde.

Dimanche prochain, je marcherai aux côté des étudiantes et étudiants. En pensant à toi, fière combattante! Merci Madeleine, pour tout.

Françoise David

*Cette lettre est parue dans le Devoir du 13 mars 2012: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/344864/lettres-lettre-a-une-femme-remarquable

3 comments on “Lettre à une femme remarquable qui nous a quittés*

  1. Richard Langelier on said:

    En 2002, lors d’une soirée des Amis du Monde diplomatique, le professeur Drouilly spécialiste des sondages prévoyait l’élection de plus de 70 députés adéquistes. Le sociologue Gilles Gagné expliquait la désaffection des électeurs sociaux-démocrates envers le gouvernement péquiste par le virage à droite du PQ par les gouvernements Bouchard et Landry [1]. Lors de la période des interventions de la salle, des forts en gueule ont obtenu la parole plusieurs fois. À 21h55, l’animateur nous a dit qu’il fallait quitter la salle. Fort heureusement, une membre de l’équipe des Amis est intervenue : « Madame Parent lève la main depuis longtemps ». Elle a pu s’exprimer : « Il n’est pas trop tard, il faut se retrousser les manches. Il ne faut pas laisser passer la droite comme ça! » C’était dynamisant, alors que la conjoncture incitait à la déprime.

    Lorsque j’étais à la Télévision communautaire des Bois-Francs, en 1975, Michel Chartrand est venu faire un discours sur les accidents de travail et les maladies industrielles. Nous avons présenté le discours qui contenait beaucoup de parenthèses et de jurons. Par la suite, lorsque nous allions sur une ligne de piquetage, ma comparse (Catherine) posait les questions d’usage sur les revendications. J’étais derrière la caméra. À la fin, Catherine me demandait si j’avais d’autres questions. Je demandais : « Y a-tu des accidents de travail icitte? » Nous avions alors des témoignages poignants. Au montage, nous insérions des extraits du discours de Michel Chartrand fort bien documentés sans les excès de langage.

    Les Simone Monet-Chartrand et Madeleine Parent ont réussi à faire passer le message contre l’injustice, sans enflure verbale. J’ai découvert sur le tard que c’était la voie à suivre.

    [1] Les soupers avec Jean Coutu et André Bérard de la Banque Nationale pour savoir combien ils étaient prêts à mettre dans le fonds de lutte à la pauvreté, avant un sommet socio-économique.

  2. Nicole Croteau on said:

    Merci, Madame David, pour cet hommage à Madeleine Parent.
    Je feuilletais hier dans un resto le seul quotidien à ma portée: Le Journal De Montréal. Seul un modeste ancadré perdu au milieu d’autres actualités pour souligner son décès et son engagement social. Quelle désolation!
    Vivement, que les jeunes étudiant-e-s connaissent cette femme qui les a précédé-e-s. Vivement qu’on se rappelle sa détermination « tranquille », mais non moins ferme.

  3. Marie Céline Domingue on said:

    Merci à Françoise David d’avoir si bien souligné la contribution de Madeleine Parent à la société québécoise et au féminisme!
    Un souvenir impérissable dans ma vie : j’ai marché aux côtés de Madeleine Parent lors du Sommet des peuples en 2001! Son discours témoignait des luttes qu’elle avait menées dans toute sa vie. Alors qu’on pointait du doigt le néolibéralisme en action au Sommet des Amériques, elle accusait l’impérialisme étatsunien de Georges Bush et de ses prédécesseurs …
    Pour moi, elle a toujours regardé les événements et les situations avec un réalisme éclairé et hors du commun. Merci Madeleine!

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