« Entre deux joints on pourrait faire quèq’chose, Entre deux joints, on pourrait s’grouiller l’cul! »

J’arrive des Francofolies où j’ai trippé fort en écoutant Charlebois. Écouté? Non, presque tout le temps, chanté avec lui et avec une foule compacte, bon enfant et ravie.

À un moment donné le chanteur, peu connu pour des opinions tranchées à gauche, entonne son célèbre « Entre deux joints » et la foule applaudit. À la fin, il change un peu les mots, ouvre grand les bras, embrassant toute la Place des spectacles et chante « Entre deux joints, ON pourrait faire queq’chose » et là, les gens crient, lèvent haut les mains, les poings, applaudissent vigoureusement.

Il se passe « queq’chose au Québec ». Toutes les vitupérations au sujet d’Amir Khadir, de son goût pour la parodie et de ses déclarations sur la désobéissance civile n’y changeront rien. Beaucoup de Québécoises et de Québécois sont mûrs pour de vrais changements qui invitent à penser autrement la société.

J’écoutais Charlebois et je pensais : entre deux visites au centre d’achat, deux émissions de télé, deux matchs sportifs, deux BarBQ, des tonnes de gens « s’grouilllent » déjà! C’est ça le printemps érable! Quand on y pense, à qui fait-il peur ce printemps de l’extraordinaire mobilisation vécue dans de nombreuses villes et charmants villages? Aux élites économiques et politiques qui préféreraient, et de loin, continuer à nous gouverner sans que nous n’élevions la voix. Sans que nous ne brandissions les casseroles. J’ai une petite nouvelle pour eux : ce temps est révolu. L’accalmie estivale ne durera qu’un temps. D’autres formes de mobilisation populaire viendront. Des élections finiront bien par arriver. Vivement un grand ménage!

Mon ami Amir

Je l’ai écrit dans De colère et d’espoir, Amir n’est pas toujours un collègue reposant. Il est audacieux et  fougueux. Je suis d’un naturel plus posé. Cela ne m’empêche pas d’être profondément scandalisée par le traitement qui lui a été réservé ces derniers jours dans l’empire Québécor. Aussi dans le livre de Pierre K Malouf  intitulé « les faces cachées d’Amir Khadir ». Comme si mon collègue se cachait de quoi que ce soit, lui qui s’attire parfois des baffes par excès d’honnêteté!

J’ai lu ce livre, (pas le choix!) outrée par les partis-pris outranciers de l’auteur. Sa mauvaise foi. Sa façon de ne retenir que ce qui conforte ses thèses. Les faussetés dont il nous abreuve. Ce livre est tellement nul que j’avais décidé de ne pas en parler. Mais des chroniqueurs et chroniqueuses  écrivent sur Amir à partir de ce livre (l’ont-ils vraiment lu, d’ailleurs?) et propagent des énormités. Un exemple : Amir Khadir « veut ramener le cadavre puant du collectivisme ». Ah bon?  Amir et moi, représentons un parti qui reconnaît quatre secteurs dans l’économie dont celui de l’entreprise privée.   Mais oui, nous allons soutenir l’économie sociale et solidaire, un fleuron déjà très présent dans la société québécoise. Nous allons poursuivre le travail entrepris par René Lévesque en 1962 lorsqu’il a nationalisé l’hydroélectricité. Nous en ferons autant pour les nouvelles sources d’énergie vertes et renouvelables. Tout de même moins puant que les émanations de gaz, non?

Un autre exemple de détournement de sens dans ce livre : QS veut « redéfinir les rapports entre les êtres humains ». Nous serions devenus un parti totalitaire fondé sur la « délation, la rééducation et l’épuration », dixit l’auteur, repris par des chroniqueurs complaisants. Alors que nous proposons  bien simplement que les êtres humains vivant au Québec aient les mêmes droits et les mêmes chances, puissent participer pleinement à la vie démocratique de leur pays, aient du temps pour l’engagement familial et communautaire. C’est si compliqué à comprendre?

Autre constat : la moitié de ce livre est consacrée à une prétendue alliance entre Amir Khadir et des islamistes radicaux qui veulent la destruction d’Israël. N’est-ce pas  ce même Khadir qui signe pourtant un long texte dans la Presse du 27 décembre 2010, écrivant : « Québec solidaire souhaite une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien, dans la justice et l’équité pour les deux peuples ».

J’en ai marre. Marre de cette caricature vicieuse et méchante d’un collègue que j’estime et que j’aime. Si Amir avait dit ou écrit le quart de ce que certains se permettent de proférer à son sujet, il serait traîné dans la boue par tous les bien-pensants du Québec. Mais de l’autre côté des postures idéologiques, on se permet n’importe quoi. Il faudrait endurer cela?

NON. Ça suffit!

On revient aux faits, ok? Les faits sont les suivants : Amir et moi sommes les porte-parole d’un parti de gauche, souverainiste, écologiste, féministe et pacifiste. Ce parti agit aussi bien à l’Assemblée nationale que sur le terrain, dans la rue, au cœur des luttes. Il développe patiemment et démocratiquement un programme disponible sur son site internet. Ce parti dénonce et propose : un revenu minimum garanti, la propriété collective de nos ressources énergétiques, la gratuité scolaire, un mode de scrutin proportionnel favorisant l’expression du  pluralisme des idées (tiens, tiens!), une vison écologiste du développement économique, une société publique appelée Pharma-Québec pour réduire le coût des médicaments, un régime public et universel de retraites, des rapports entre les peuples fondés sur la coopération et la solidarité, une démarche profondément démocratique vers la souveraineté, la reconnaissance économique de la valeur du travail souvent invisible des femmes au sein des familles et des communautés.

Etc. Pour tout le reste, allez sur le site de Québec solidaire. Faites-vous votre propre jugement.

Je fais confiance à votre intelligence et à votre capacité de distinguer le vrai du faux.

Françoise David