Je me souviens

C'est en pensant à elle que j'ai présenté ma candidature dans Saint-Laurent.  Je l'appellerai ici Anne.

Je me souviens
En 2001, quand j'étais intervenante auprès des personnes immigrantes, Anne me saluait ainsi avec son sourire immense: « On est en vie ».  Elle venait d'arriver en tant que revendicatrice du statut de réfugiée. 

Entre 2002 et 2008, le processus long de la Cour suivant son cours – il faut dire que Anne et sa famille viennent d'une de ces républiques africaines dont la démocratie est gouvernée par les minières canadiennes; le Canada hésite alors à les expulser, ce qui entraîne des délais – elle me disait : « on est encore là » ou « on est toujours là », avec un sourire plus résigné.

Après lui avoir dans un premier temps conféré le statut de réfugiée, le Québec a suivi le Canada lorsque des problèmes sont survenus avec la demande de résidence permanente en 2005-2006.  La famille de Anne était menacée d'expulsion ou d'éclatement.  Des enfants étaient né-e-s ici.  Des racines étaient transplantées en terre québécoise.  Une participation citoyenne, manifestement, développait un sentiment d'appartenance.  Tout cela était en péril.

Puis, j'ai changé d'emploi et je l'ai perdue de vue.  Mais la pensée du sourire de Anne me fait toujours verser des larmes.

En revenant du bureau de la directrice de scrutin, une femme charmante, engagée et implantée dans la communauté laurentienne depuis longtemps, j'ai croisé Anne dans l'autobus.  Je l'ai reconnue dès qu'elle est montée.  Elle ne m'a pas vue.  Au sortir de l'autobus, je l'ai attendue.  Elle a tout de suite répondu à mon sourire.  « On attend toujours » fut sa réponse à mon habituel « Comment ça va? ».  Cette fois, à la résignation se mêle un vague sentiment d'injustice sociale, de non reconnaissance du pays qui dit vous accueillir.

Je vire à gauche
Imaginez 10 ans d'une vie en suspens.  C'est le calvaire quotidien de Anne et sa famille.

Comment feriez-vous pour continuer à vous intégrer à la société québécoise avec cette épée de Damoclès au-dessus de votre tête?

  • Trouver un logement ? – la crise est à peine terminée et la discrimination est encore importante (plusieurs propriétaires pensent qu'une personne réfugiée ou revendicatrice, ça peut quitter le pays n'importe quand – faux!);
  • Apprendre le français ? -  non seulement il faut vous inscrire à un programme (et les demandes sont nombreuses et les places limitées) mais aussi avoir l'assiduité nécessaire alors que vous n'êtes certain-e de rien;
  • Trouver un emploi ? - le numéro d'assurance sociale (NAS) des personnes réfugiées est différent ce qui laisse place à la discrimination à l'embauche.  Ces individus ne survivent bien souvent que de jobines précaires;
  • Participer à la vie du quartier? - c'est finalement la seule avenue pour beaucoup: en tant que bénévole à l'école de leur(s) enfant(s) ou dans l'organisme communautaire qui les soutient; mais les coupures gouvernementales dans les services sociaux mettent à mal cet espace civique.


Bien que le gouvernement québécois professe des valeurs de justice sociale, de préoccupation humanitaire et de souci des familles, force est de constater que les mesures de soutien ne suivent pas ou prou.

En 2008, Québec solidaire prenait déjà, pour toutes les catégories d'immigration, les engagements suivants:

« * Mettre en place des mesures favorisant une meilleure intégration en emploi et éviter de confiner les nouveaux arrivants dans des sous emplois :
a) Faciliter l’accès à la syndicalisation dans les secteurs où règnent la précarité et les bas salaires;.
b) Instaurer des programmes particuliers pour les femmes afin de faciliter leur acquisition du français, leur accès à l’éducation et au marché du travail;
c) Mener des campagnes contre la discrimination à l’embauche;
d) Offrir des formations d’appoint aux immigrant-e-s qui en ont besoin.

* Améliorer le financement des organismes communautaires qui développent des activités visant l’intégration de personnes provenant des communautés culturelles.

* Utiliser la totalité des transferts fédéraux destinés à l’immigration pour les budgets du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. »

Concernant le dernier engagement, Québec solidaire était du nombre des organismes, institutions et personnalités publiques qui ont fait pression pour que changent les pratiques du gouvernement Libéral en matière de gestion des fonds.

Le 13 septembre prochain, les Laurentien-ne-s ont le pouvoir de réaliser une avancée similaire.  Anne n'a pas besoin de mes larmes.  Elle a besoin de votre voix.  Dites au gouvernement Libéral que nos valeurs fondamentales méritent de meilleurs moyens.  Pour bâtir ensemble le Québec de tout le monde, votez Québec solidaire!