Une image déformée du corps des femmes par Laurence Fortin-Pellerin
Un modèle imposé loin de la réalité !
Dans le modèle d’apparence prescrit aux femmes, tout ce qui est valorisé est ce que nous ne sommes pas. Nous avons du poil mais une absence de poil est valorisée ; nous vieillissons mais un rajeunissement est valorisé ; nous prenons du poids avec l’âge mais un amaigrissement est valorisé ; nous sommes différentes selon notre âge, notre poids et notre groupe ethnique mais un modèle unique est imposé, un modèle occidental, jeune et maigre. Ce n’est pas pour rien que les photos sensées représentées la femme idéale sont transformées par ordinateur.
Les contraintes et les pressions exercées sur les femmes relativement à leur apparence physique sont de plus en plus grandes et touchent les femmes à partir d’un âge de plus en plus jeune. La présence croissante des codes pornographiques dans ces pressions leur donne un caractère dégradant et violent. Plaire aux hommes est le but implicite ou explicite de ces pressions.
Qui nous impose ce modèle ?
Les sources de ces pressions proviennent d’organisations majoritairement dirigées par des hommes : industrie de la mode, de la pornographie, les agences publicitaires, etc. Les conjoints, amis, membres de la famille et employeurs exercent aussi des pressions en ce sens. À titre d’exemple, plusieurs employeurs demandent aux femmes leur photo, leur taille et leur poids dans leur formulaire de demande d’emploi. Certains leur imposent aussi un uniforme de travail dégradant. Il est également arrivé que des employées soient congédiées pour avoir refusé de se maquiller ou de perdre du poids (Rain & Thunder, 2007).
Quelles conséquences sur la santé physique et mentale des femmes ?
Les contraintes et pressions exercées sur les femmes relativement à leur apparence sont intériorisées à divers degrés par ces dernières. Cela affecte leur santé mentale et physique. La prévalence des restrictions et troubles alimentaires en sont des exemples. Au Canada, le taux d’hospitalisation de femmes pour troubles alimentaires a d’ailleurs augmenté de 20% entre 1987 et 1999 (Agence de santé publique du Canada, 2007).
Un autre effet de ces contraintes et pression est de tenir les femmes occupées à plaire aux hommes. Le modèle d’apparence prescrit aux femmes est irréaliste pour la grande majorité d’entre elles. En cherchant à l’atteindre, elles y consacrent temps et ressources financières. À titre d’exemple, le montant dépensé annuellement en produits cosmétiques chez les filles de 8 à 13 ans dans les pays industrialisés est de 8 milliards de dollars (Bouchard, Bouchard et Boily, 2005). Ces pressions constituent donc une forme d’appropriation du temps et de l’argent des femmes et des filles par et pour les hommes.
Quelles sont les croyances justificatrices ?
Il existe plusieurs croyances bien répandues pour justifier les pressions exercées sur les femmes. Ces croyances ont pour fonction de nous faire accepter une réalité qu’on n’aurait moins acceptée autrement.
Pour donner un caractère inévitable à cette réalité, on prétend qu’elle est déterminée par la nature. Dans la pensée dominante, il devient naturel de définir la beauté comme on la définit. Il devient aussi naturel pour les hommes de l’exiger chez les femmes et naturel pour les femmes de chercher à y correspondre.
Une autre croyance justificatrice des pressions exercées sur les femmes est la prétention en la responsabilité des femmes elles-mêmes : on prétend que ce sont les femmes qui veulent correspondre au modèle. Cette croyance permet d’évacuer le caractère injuste de la réalité des pressions exercées sur les femmes.
Voici des pistes de solutions…
Si l’on veut réduire les pressions exercées sur les femmes, il importe de remettre en question ces croyances :
· Un moyen d’y contribuer serait d’avoir des cours d’éducation aux médias dans les écoles secondaires. Il s’agirait là d’un bel engagement pour la prochaine plate-forme électorale de Québec solidaire.
· Des mesures contre la discrimination des femmes en emploi selon leur apparence physique pourraient également figurer parmi ces engagements.
· À plus court terme, Québec solidaire pourrait dénoncer publiquement le récent refus du gouvernement québécois à obliger les industries de la mode à avoir un poids planché dans la sélection de leurs mannequins.
Quelques ouvrages de référence…
« La sexualisation précoce des filles », Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily, Éditions Sisyphe, collection Contrepoint, Montréal, 2005, 80 pages.
« Audacieuses, le défi d’être soi », revue unique du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, novembre 2005, 51 pages. Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF), 4245, ave Laval, Montréal, (Québec), H2W 2J6, Téléphone : 514 877-3189, Télécopieur : 514 877-0357, courriel : rqasf@rqasf.qc.ca
L’apprentissage par le jeu…
Le jeu s'intitule "Vous avez dit sexy....sme!". Il s'agit d'un jeu de société coopératif anti-sexisme par et pour les femmes. Il a été conçu par le comité jeunes F.E.M.M.E.S. sororitaires du Centre femmes d'aujourd'hui. Le jeu est en vente à cet organisme au (418) 651-4280 et il coûte 65$.
L’auteure Laurence Fortin-Pellerin
Laurence Fortin-Pellerin est étudiante au doctorat en psychologie, profil recherche et intervention, orientation communautaire de l’Université Laval. Le sujet de sa thèse est "La représentation sociale de l'empowerment chez des groupes québécois du mouvement des femmes ".
Elle a travaillé dans une maison d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Laurence Fortin-Pellerin a aussi été assistante de cours en psychologie communautaire de même qu’assistante de recherche pour l'évaluation d'un programme d'éducation à la sexualité. Enfin, elle a été chargée de cours en psychologie sociale au baccalauréat en psychologie de l’Université Laval.
Depuis sept ans, Laurence
Fortin-Pellerin est impliquée dans divers groupes du mouvement des femmes. Elle
a été bénévole dans une maison d'hébergement pour femmes victimes de violence
conjugale. Elle a fait de l’accueil, de l’écoute téléphonique et de
l’intervention informelle. Dans un groupe féministe à l'Université Laval, elle
a participé à la préparation d’une exposition contre le sexisme dans les médias
ainsi qu’à la présentation d’un mémoire à
Laurence Fortin-Pellerin a également été membre du Centre femmes d’aujourd’hui où elle a réalisé une intervention de groupe, fut secrétaire du conseil d’administration, et a participé à l'organisation du Rassemblement des jeunes féministes en 2003. De plus, elle a participé à la conception du jeu coopératif "Vous avez dit sexys...me!".
Laurence Fortin-Pellerin fait présentement partie d'un groupe qui s'appelle «
Groupe F.E.M.M.E.S. sororitaires». Récemment, elle a co-organisé des journées d'action contre la pornographie avec une féministe de ce groupe, une féministe de Montréal et d'autres féministes des États-Unis d’Amérique.

