QS-Montréal encourage ses membres à appuyer les candidats et candidates de Projet Montréal qui sont proches de nos valeurs

Quelques éléments d'analyse du Comité sur les questions urbaines et municipales

 

Il y a un an, lors de la mise sur pied du Comité sur les questions urbaines et municipales (CQUM) nous dénoncions déjà le copinage et le favoritisme dont faisait preuve l'administration Tremblay envers les grands promoteurs et leurs projets de prestige. Nous faisions remarquer que la contestation citoyenne des projets de Griffintown, de Notre-Dame et de Turcot révélait au grand jour la nature factice des consultations menées par la municipalité alors qu'un vrai remodelage "affairiste"de Montréal se profilait à l'horizon.

Douze mois plus tard, l'administration municipale est en crise. Scandale par-dessus scandale s'abattent sur l'entourage immédiat du maire mettant en cause tant l'attribution de contrats importants comme celui des compteurs d'eau qu'une série de transactions immobilières impliquant des sociétés paramunicipales(la SHDM). (1) Loin d'être des faits isolés, ces scandales impliquent tous des gros promoteurs immobiliers et des constructeurs (Catania, Accurso ainsi que leurs associés ou filiales) qui brassent littéralement des centaines de millions de dollars en affaires avec  la Ville. Selon le chroniqueur de la Gazette Henry Aubin, ces bavures sont  le résultat direct de la stratégie de "gouvernance" instaurée par Tremblay dès son accession à la mairie en 2001. Une stratégie qui comporterait deux grands volets. (2)

1. La mise de côté systématique des fonctionnaires et des services de la Ville par le biais d'une sous-contractualisation surabondante envers le secteur privé. Une petite statistique éloquente: en 2008, 71 millions de dollars furent dépensés par la Ville en frais de consultation de toutes sortes, soit 29% de plus que l'année précédente. Ainsi, le contentieux de la Ville, le service d'urbanisme, l'Office de consultation publique (OCPM), les  services d'ingénierie, sont tous contournés à qui mieux mieux par des  firmes privées qui souvent passent du statut de consultant sur certains projets à celui de consultant ou même d'associé des compagnies soumissionnant sur ces mêmes projets. Dans de telles circonstances, les appels d'offre deviennent une mascarade et les dérapages et passe-droits finissent par prédominer comme le démontrent si bien le cas des compteurs d'eau et celui de la SHDM.

2. Le complément logique de cette privatisation galopante  est la transformation d'Union Montréal, le parti du maire, en un super lobby des intérêts immobiliers et d'affaires. Le niveau de financement de ce parti municipal a atteint des sommets inédits à Montréal. Ainsi, UM a dépensé 4,4 millions $ pour sa réélection en 2005, soit 209% de plus que Pierre Bourque en 1998!  La tendance se maintient en 2008 : les rapports du DGEQ démontrent que le parti du maire a récolté un million de dollars l'année passée, soit sept fois le montant ramassé par Benoît Labonté et vingt fois celui de Richard Bergeron.(3) Et nous ne parlons pas de financement populaire car plus de la moitié de ce million provenait de donateurs ayant contribué le maximum permis par la loi soit 1000 dollars chacun.  L'objectif de ces gros donateurs (586 gros donateurs, pour être exact) est limpide: suite à une enquête rigoureuse en 2005, la journaliste Linda Gyulai avait révélé que sur les 302 compagnies dont les propriétaires ou hauts cadres avaient contribué à titre personnel au parti de Tremblay, pas moins de 94 %  avaient bénéficié de contrats municipaux. Faut-il s'étonner qu'à la veille d'une année électorale, les coffres d'Union Montréal soient pleins à craquer ?

Ajoutons un troisième grand volet,  plus clairement politique.

3. La stratégie de Tremblay d'unir tous les opposants aux fusions municipales comportait au départ un fort relent de clientélisme car il était acquis que des affairistes de la trempe de Zampino à Saint-Léonard, De Souza à Ville Saint-Laurent ou Georges Bossé à Verdun, sans parler de certains maires du West Island,  n'allaient pas lâcher leur fiefs ou changer leur façon de faire la politique municipale. Le résultat fut doublement désastreux pour Montréal. Non seulement une décentralisation abusive a été instaurée pour satisfaire ces roitelets mais ils se virent en plus octroyer d'amples pouvoirs et privilèges au sein de la nouvelle administration. Les trois personnages mentionnés plus haut  ont tous accédé à des fonctions cruciales au sein du comité exécutif de la Ville. N'en déplaise à certains apologistes qui persistent, encore aujourd'hui, à défendre la supposée intégrité de Gérald Tremblay, le ver était dans la pomme, et ce, dès le départ.

La cascade de scandales qui s'abat sur Montréal ne peut être vue comme un simple accident de parcours. C'est plutôt le résultat direct du système de gouvernance instauré délibérément par Gérald Tremblay et son entourage. Ce qui était encore folklorique avec Pierre Bourque (des enveloppes brunes pleine de cash refilées à des "bagmen" lors de soirées de financement bien arrosées), est devenu une machine politique bien huilée et habilement défendue par des spécialistes en relations publiques. C'est un système sophistiqué, certes, mais tout aussi vicieux que celui de Bourque avant lui, ou celui de Drapeau il y a quarante ans. Le masque bénin de Gérald Tremblay, sa soi-disant ouverture aux groupes sociaux, à la consultation citoyenne, ne doivent pas nous voiler la réalité de ce qui se passe à Montréal: c'est main basse sur la ville par de grands prédateurs sociaux.

Comme le démontre la triste histoire du néolibéralisme, privatisations abusives, scandales et corruption politique vont de pair. Ce ne sont pas des accidents de parcours, des épiphénomènes, mais bien la matrice même de cette forme de capitalisme débridé. Plus que jamais une alternative populaire à la vision néolibérale et affairiste de Montréal s'impose. La présente administration est discréditée mais Tremblay tentera de s'en tirer avec l'excuse classique des politiciens pris la main de la sac: "je n'étais pas au courant et je prendrai désormais les moyens d'empêcher que cela ne se reproduise" . Entre-temps, quitte à changer quelques pions, le système Tremblay de "gouvernance" perdure.

Or, c'est bien là que la gauche urbaine et municipale doit porter son coup: identifier les problèmes et articuler une vision de la ville et de sa gouvernance autre que celle qui prédomine aujourd'hui. Il y a un an, nous avions identifié cette vision alternative  par le slogan " le droit à la ville ". En d'autres termes, le droit pour les classes populaires et les habitants de Montréal de définir collectivement et démocratiquement l'espace urbain (logement, environnement, transport, services, loisirs, etc..) en opposition au droit absolu que veulent s'arroger sur ce même espace les détenteurs du capital.

 

Vision Montréal et l'arrivée opportuniste de Louise Harel

Le choix de la gauche progressiste à Montréal ne peut non plus se porter sur Vision Montréal, ce parti fondé par Pierre Bourque, dont l'élection a marqué le début de la contre-réforme visant l'abolition des principaux éléments modernisateurs introduits par le défunt Rassemblement de citoyens de Montréal (RCM). Pierre Bourque et Vision Montréal ont réimposé le style de gestion autoritaire pratiqué par le maire Jean Drapeau, autour cette fois-ci d'une personnalité politique « forte », misant sur le populisme et les relations clientélistes envers des groupes sociaux montréalais (certaines communautés culturelles, le réseau commerçant dans les quartiers, les entrepreneurs, etc.). Ce faisant, il a ouvert la porte à des conflits d'intérêt qui nous rappellent ceux affrontés par l'administration Tremblay aujourd'hui en plus d'avoir fait de la fraude électorale une pratique courante. L'administration de Pierre Bourque constitua un recul net pour la démocratie montréalaise. Ce fût ce parti qui initia le processus vers la privatisation et le copinage avec la classe affairiste de la ville, ce que l'administration actuelle ne fait que confirmer et accentuer.

 

Le printemps 2008 a été riche en rebondissements pour ce parti. Depuis le départ de Pierre Bourque, Vision Montréal n'allait visiblement nulle part. Sans contenu idéologique substantiel, détenant seulement quelques mairies d'arrondissement, ayant subi une défaite importante concernant sa position sur les fusions (« Une île, une ville »), Vision Montréal n'a pas rechigné lorsque Benoît Labonté est venu offrir ses services comme chef. Par contre, ayant rapidement constaté son faible ancrage électoral, ce politicien de peu d'envergure, issu de la classe affairiste du centre-ville, a préféré laisser sa chaise de chef, sans aucune consultation des instances de son parti, à Louise Harel, figure historique de l'aile progressiste du PQ et mère de la fusion des municipalités à Montréal et ailleurs au Québec. Cette opération constitue une preuve supplémentaire de l'absence de substance idéologique de ce parti, à la recherche éternelle d'un messie qui le conduise à la mairie et qui soit en mesure d'empêcher sa nécessaire disparition. Par contre, notons que Vision Montréal confirme par ce choix sa tradition favorisant une plus grande centralisation des pouvoirs à l'hôtel de ville de Montréal.

 

Pour sa part, Louise Harel n'avait ni le temps ni les fondements doctrinaires pour se lancer dans la construction d'un parti en mesure de la porter à la mairie. Elle a préféré « magasiner » un parti déjà construit. Ayant « flirté » un temps avec Projet Montréal, il est devenu évident, a posteriori, que ce parti n'avait jamais été le premier choix de Louise Harel. Trop petit, trop novateur ou «idéaliste » pour elle, elle ne visait que la tête de Vision Montréal, un cheval politique beaucoup plus adapté à ses ambitions. Par contre, dans l'épisode final de son choix, elle a réussi à piéger Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, qui a commencé par fermer la porte à toute possibilité d'alliance avec L. Harel, pour se raviser une semaine plus tard et lui offrir sans succès la candidature à la mairie de Montréal.

 

La question qui nous concerne est celle de savoir si Louise Harel et Vision Montréal peuvent être un choix pour les progressistes montréalais. La réponse est non. Louise Harel n'a qu'un objectif en tête : renverser la contre-réforme menée par le gouvernement de Jean Charest en permettant la séparation de certaines municipalités de l'Île de Montréal de la ville centrale. Cette contre-réforme concernait en particulier, mais pas uniquement, des villes à forte prédominance anglophone de l'Ouest de Montréal, fiefs électoraux du Parti libéral. Louise Harel prône donc essentiellement des politiques qui visent à octroyer à la ville-centre des pouvoirs actuellement dans les mains des mairies d'arrondissement. Elle s'attaque donc à l'alliance hétéroclite mise en place par Gérald Tremblay entre « défusionnistes » et partisans d'une ville centralisée en échange de plus de pouvoir pour les territoires annexés à Montréal, pour les uns, et d'une figuration politique plus importante pour les autres (les « roitelets »...). Le fait qu'elle ait choisi Vision Montréal en dit long sur ses motivations politiques plutôt unidimensionnelles et opportunistes. Elle choisit un parti qui n'est qu'une machine électorale, sans véritable programme politique et encore moins de vision sociale. C'est un choix destiné à faire avancer sa « revanche » contre la décentralisation des pouvoirs à Montréal, sans plus. Dans ce sens, le projet qui porte le mieux les aspirations politiques des progressistes montréalais se trouve encore à Projet Montréal, laboratoire de la vision sociale qui doit être portée par la direction d'une ville de la taille de Montréal.

 

Par contre, l'arrivée de L. Harel complexifie considérablement les projections pour l'élection à la mairie de novembre prochain. De par sa feuille de route politique, elle peut rallier une bonne partie de l'électorat francophone souverainiste mais, par effet miroir, cela peut aussi éloigner l'électorat anglophone et fédéraliste de l'Île de Montréal à l'ouest. D'autre part, en ce qui concerne les appareils politiques provinciaux ou fédéraux présents à Montréal, il n'y a pas de risque, selon nous, à ce qu'elle réussisse à récréer les alliances présentes dans les niveaux politiques supérieurs. Des péquistes et des libéraux se retrouvent autant à Union Montréal qu'à Vision Montréal, sans parler de la forte présence d'un contingent péquiste à Projet Montréal. Comme exemple, citons le cas d'André Lavallée, figure forte de l'administration Tremblay, maire de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, péquiste notoire, qui rallie l'ensemble de la famille souverainiste de ce territoire.

 

L'arrivée de Louise Harel ne change en rien la nature de Vision Montréal dont la matrice idéologique se trouve dans l'ADQ. C'est un parti qui représentera toujours les élites commerçantes de la ville, surtout francophones et ce parti est tout aussi lié aux grands intérêts immobiliers et financiers que l'administration Tremblay. Leur feuille de route en faveur de l'introduction du privé dans les affaires municipales et leur approche politique populiste favorisant la création de réseaux clientélistes se trouve aux antipodes des conceptions progressistes des pratiques démocratiques à Montréal.

 

Projet Montréal

Projet Montréal est un parti jeune, articulé surtout autour de Richard Bergeron, personnage qui exprime les préoccupations légitimes d'une partie significative de l'électorat progressiste montréalais: l'environnement urbain, fortement dégradé par la préséance absolue du mode de transport motorisé. Ce parti s'appuie sur deux propositions fondamentales: le développement tous azimut du transport en commun, dont le retour des tramway à Montréal et des aménagements urbains en mesure de diminuer la circulation automobile. En soi, cette vision est novatrice, dans un contexte nord-américain fortement marqué physiquement et symboliquement par l'usage du transport motorisé individuel. Elle révèle un énorme potentiel de pratique démocratique dans laquelle les citoyenNEs de la cité participent à l'aménagement de leurs quartiers. Elle désigne le prochain champ de bataille du mouvement progressiste urbain qui sera aussi un vaste chantier de participation démocratique de la population. Québec solidaire ne peut rester à l'écart de ce mouvement, porteur de nouvelles formes de concevoir la ville et le rôle des populations dans l'administration municipale.

 

Lors de son dernier congrès, réalisé le 23 et 24 mai dernier, Projet Montréal a considérablement étoffé son programme. Il possède aujourd'hui des positions claires en faveur du logement social et il est le seul parti à proposer des réductions des tarifs du transport en commun. Ce programme propose un approfondissement de la démocratie montréalaise en favorisant la démocratie locale (les « conseils de quartier ») et une décentralisation du pouvoir du tout-puissant comité exécutif au profit des commissions permanentes d'éluEs, accompagnées par des comités consultatifs citoyens. Au-delà de la justesse ou pertinence de chacune de ces propositions, l'ensemble confirme une matrice progressiste favorisant la prise de contrôle par les citoyenNEs montréalais des affaires urbaines. Ce parti est une prometteuse tentative de recomposer le tissu progressiste municipal sur la base du droit des citoyenNEs à recomposer leur paysage à travers l'aménagement urbain.

 

Le maintien de Richard Bergeron à Projet Montréal et comme candidat à la mairie pourrait même renforcer la position de ce parti en démontrant plus que jamais l'importance d'articuler une vision claire de l'avenir de Montréal, un projet progressiste pour la ville, plutôt que de sombrer dans des combines politiciennes à courte vue. Ceci, bien sûr, à condition que Projet Montréal continue de mettre son programme progressiste de l'avant et qu'il s'organise solidement dans les arrondissements où il a déjà une certaine présence.

 

Dans ce contexte, les membres du Comité sur les questions urbaines et municipales (CQUM) estiment que la nécessaire recomposition de la gauche urbaine à Montréal passe, certes, par l'appui aux luttes citoyennes et urbaines en général, mais aussi par l'entrée dans l'arène électorale municipale pour favoriser l'émergence d'une alternative progressiste à Gérald Tremblay et Union Montréal. Cette présence électorale peut se faire par le biais d'un appui à la campagne du parti Projet Montréal, parti qui partage beaucoup de nos valeurs et au sein duquel militent plusieurs de nos membres.

Voici les deux propositions adoptées par le Comité de coordination de l'Association régionale de Montréal, le 2 juin 2009 :

Plutôt qu'un appui officiel, nous préconisons les formes d'appui suivantes qui nous paraissent les plus applicables et utiles dans la situation actuelle:

 

  • Appuyer publiquement (via QS-Montréal) les prises de positions de Projet Montréal qui vont dans le sens de nos engagements: transport public, environnement, participation citoyenne, régulation de l'espace urbain, etc.

 

  • Encourager les membres de QS-Montréal à participer aux campagnes des candidats et candidates de Projet Montréal qui sont proches de nos valeurs.

 

 


 

Notes:

1.Voir le dossier de La Presse "La SHDM : notre dossier complet",   http://www.cyberpresse.ca/dossiers/shdm/

ainsi que "Bien des questions restent en suspens", André Noël, La Presse 22 avril 2009,  http://www.cyberpresse.ca/actualites/regional/montreal/200904/22/01-849000-bien-des-questions-restent-en-suspens.php

2. " Getting into trouble at City Hall. The mayor's own strategies are responsible for his trouble" , Henry Aubin ,The Gazette, 30 avril 2009.

http://www.montrealgazette.com/opinion/op-ed/Getting+into+trouble+city+hall/1547787/story.html

3. " The one million party", Henry Aubin, The Gazette, 25 avril 2009

http://www.montrealgazette.com/news/Million+party/1532681/story.html