Que pense Igicari de... la remise en question de la présence des « communautés culturelles » au Québec
Certains trouveront cette question démagogique, mais les esprits aiguisés comprennent qu'elle est tout à fait à propos.
En effet, je considère que le « débat » sur la laïcité est une remise en question de la place que les Québécois sont prêts à accorder aux Néo-Québécois. J'entends par là que ceux et celles qui souhaitent qu'il soit interdit aux personnes arborant un signe religieux, de travailler dans les institutions publiques, en viennent en fait à réduire (au stricte minimum) la présence et la participation de leurs concitoyens « venus d'ailleurs ». Je signe et persiste: contraindre certaines personnes à ne pouvoir exister que dans l'espace privé équivaut à remettre en question leur citoyenneté. Car une fois interdit d'accès à l'espace public, où et comment alors exercer sa citoyenneté?
J'entends bien ceux qui, en lisant ma réflexion, se diront: « pas besoin d'être fonctionnaire pour être citoyen ! ». En effet, l'employeur ne fait pas le citoyen. Reste que, dans ce cas-ci, l'employeur crée la citoyenneté. L'employeur (l'État) accorde des droits à certains citoyens et pas à d'autres, ce qui revient à créer une citoyenneté conditionnelle, qualifiée. Bien entendu, dans l'état actuel des choses, il n'est pas interdit aux agents de l'État de porter des signes religieux. Toutefois, à écouter le discours ambiant, on ne pourra m'empêcher de craindre de voir la situation se renverser.
Plusieurs études ont été faites sur le sujet et l'ont confirmé: d'une discrimination fondée sur la « race », nous sommes passés à une discrimination fondée sur la « culture ». Autrement dit, nous n'excluons plus "l'autre" parce qu'il appartiendrait à telle ou telle « race », mais plutôt parce que sa culture n'est pas "assimilable". Combien de fois ai-je entendu : « je n'ai rien contre les arabes, c'est juste qu'ils ne croient pas comme nous à l'égalité homme-femme, moi je ne veux pas me faire servir par une femme qui se cache les cheveux". La traduction simultanée de ce message étant : « pour moi, les différences, elles sont négatives, mais quand même je vous le jure, je n'ai rien contre les différences... en autant que je ne les vois pas! » Dans l'armée américaine, ce raisonnement a abouti à la politique que nous connaissons tous, « Don't Ask, Don't Tell ».
De grâce, n'insistez-pas, ne me dîtes pas que « l'égalité homme-femme est une valeur québécoise fondamentale et ceux-celles qui n'y adhèrent pas savent où se trouvent l'aéroport ! ». Le propre du racisme culturaliste est d'exiger de « l'autre » des qualités que « nous » ne possédons pas nous-mêmes. Malhonnêteté quand tu nous tiens! Disons-le plus crûment: si l'égalité homme-femme était une réalité si précieuse au Québec, la FFQ serait une redondance, l'équité salariale serait acquise et les infirmières ne seraient pas traitées comme des esclaves ! Mais grand bien nous en fasse, je suis tout à fait d'accord qu'on invite les masculinistes à se diriger vers l'aéroport le plus près. Sarcasme à part, force est de constater que les conditions de citoyenneté qui nous sont imposées ne le sont que pour restreindre notre participation et faire reculer notre présence.
C'est donc à cette réalité concrète que nous devons penser lorsque nous posons la question de la participation, de l'action sociale, de la mobilisation, de la citoyenneté. La prémisse de toute participation est la reconnaissance. Comment participer si on ne se sent pas reconnu, dans l'absence de tout sentiment d'appartenance? Comment les « autres »peuvent-ils accepter, et surtout, reconnaître notre participation s'ils questionnent même la légitimité de notre citoyenneté? Il faut donc au départ bien identifier les formes d'exclusion que génère notre société. Je dirais même qu'il faut, avant toute chose, bien cerner la définition que nous donnons à la citoyenneté.
À qui notre définition de la citoyenneté se limite-t-elle ?
Igicari est une féministe québécoise de souche rwandaise. Elle réside à Outremont. Le corps à Outremont, la tête à Gatineau.
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