Discours d'investiture de François Saillant - 4 octobre 2006

Discours de François Saillant

lors de l’investiture de Québec solidaire dans le comté de Rosemont, le 4 octobre 2006

 

Je me suis souvent fait dire dans les derniers jours «Comme ça, tu te lances en politique! ».

Ce n’est pas tout à fait vrai. D’une certaine façon, de la politique, j’en fais depuis une bonne trentaine d’années.

C’est de la politique qu’on fait au FRAPRU quand on se bat pour le respect du droit au logement, pour le financement de nouveaux logements sociaux, pour le contrôle des loyers.

C’est de la politique qu’on fait dans le milieu communautaire quand on réclame un revenu décent pour les personnes assistées sociales plutôt que les 543 $ par mois qu’on leur concède présentement… une prestation indécente que le gouvernement Charest a la mesquinerie de n’indexer qu’à moitié depuis deux ans, trois ans bientôt. 

C’est de la politique qu’on fait quand on demande que le salaire minimum soit suffisamment élevé pour éviter qu’une famille monoparentale avec un enfant ait à travailler 50 heures par semaine simplement pour atteindre le seuil de pauvreté.

C’est de la politique que nous avons faite, il y a dix ans presque jour pour jour, quand nous avons été trois du milieu communautaire, dont Françoise David et moi, à nous retirer du Sommet économique de Lucien Bouchard, parce que le gouvernement péquiste refusait une demande tellement minimale, celle d’accompagner l’objectif de déficit zéro d’une clause d’appauvrissement zéro pour les personnes qui étaient déjà les pauvres.

C’est de la politique que nous avons faite au Réseau de vigilance comme à la coalition «J’ai jamais voté pour ça », en nous opposant, dès l’arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, à la réingénierie de l’État et au matraquage des droits syndicaux.

Tout cela a donné des résultats. Malgré un contexte très difficile, nous avons réussi à faire des gains, à bloquer des reculs, à éveiller des consciences.

Les mouvements sociaux ont et auront toujours leur place et je continuerai à m’y impliquer.

J’ai cependant fait le choix d’investir une forme additionnelle de politique, la politique partisane, électorale et éventuellement parlementaire.

Cette décision, là, je l’ai prise, il y a près de trois ans, en participant à la fondation du mouvement Option citoyenne dont j’ai été un des porte-parole, avant que celui-ci fusionne avec l’Union des forces progressistes pour donner naissance, en février dernier, à Québec solidaire.

Je vous demande aujourd’hui de me permettre de faire un pas de plus, en étant candidat de Québec solidaire dans Rosemont. le comté où je vis depuis les 13 dernières années. Rosemont c’est un comté de locataires (71 % lors du recensement de 2001), un lieu de luttes et de victoires très importantes pour le logement social : les Usines Angus, à l’est de Saint-Michel; l’ex-Centre Paul-Sauvé où se trouvent maintenant les Habitations Nouvelles-Avenues, plus récemment, les terrains avoisinant le Centre Préfontaine.

Ce comté-là, ce comté auquel j’appartiens et qui me ressemble, j’ai le goût de travailler à lui offrir un autre choix que le Parti québécois, le Parti libéral ou l’ADQ » Ce choix, c’est Québec solidaire.

(Suite après le vote)

 

Je vous remercie de m’avoir choisi comme candidat de Québec solidaire dans Rosemont. J’en ressens à la fois un grand honneur et une lourde responsabilité que Maria, ma compagne depuis 21 ans, a accepté de partager avec moi, mais que j’espère aussi partager avec vous toutes et vous tous au cours des prochains mois.

Le comté de Rosemont a maintenant un candidat de Québec solidaire, mais il a aussi beaucoup plus que cela. Il a une alternative, un choix, face aux partis et aux politiques en place. Il a le choix de participer à un changement réel, en profondeur, de la société.

Il faut un certain culot aux André Pratte, aux Alain Dubuc, aux Joseph Facal, aux Lucien Bouchard, pour taxer Québec solidaire et les mouvements sociaux d’immobilisme!

Le seul changement que tout ce beau monde propose, c’est de rentrer encore plus dans le rang, c’est de nous adapter encore davantage aux impératifs de la compétitivité économique, c’est de continuer à tout y sacrifier, humains comme environnement.

Le changement que nous, nous, proposons, c’est de mettre l’économie au service du bien commun, du vivre ensemble.

Ce que Québec solidaire propose, c’est la justice sociale. C’est de combattre et éventuellement éradiquer la pauvreté, notamment par une redistribution plus équitable de la richesse.

Oui, nous sommes de gauche et, contrairement à ce qu’André Boisclair déclarait il y a quelques jours, nous savons ce que c’est et nous ne croyons vraiment pas que le Parti québécois ait commis des excès de ce coté.

À Québec solidaire, nous sommes aussi écologistes. Il est plus que temps (en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard) d’arrêter de penser le développement à court terme, au profit des intérêts immédiats d’une minorité possédante. Ce développement, il faut le penser en fonction de l’ensemble, de l’avenir, de la survie même de la planète et des espèces qui y vivent.

Ce que Québec solidaire propose, c’est aussi l’égalité, réelle, autant que dans les faits dans les lois, entre les hommes et les femmes. C’est d’établir des relations plus harmonieuses, équitables, pacifiques, avec les autres peuples de la planète, à commencer par les peuples autochtones avec lesquels nous partageons (bien mal) ce vaste territoire. C’est de combattre le racisme, l’exclusion, la discrimination  sous toutes ses formes.

C’est pour que la société québécoise dispose de tous les outils permettant de tels changements en profondeur, que Québec solidaire est souverainiste. Le Parti québécois n’a pas le monopole de la souveraineté, pas plus que le Parti vert n’a le monopole de l’écologie.

La souveraineté, nous la voyons et nous la voulons comme le résultat d’une démarche large, inclusive, de démocratie participative où la population pourra se prononcer à la fois sur l’avenir constitutionnel du Québec et sur le projet de société dont elle veut se doter.

À la fin novembre (ou plus tôt, s’il y a lieu), Québec solidaire se dotera d’une plate-forme contenant des propositions concrètes de changements dans toute une série de domaines, allant de l’éducation et de la santé à la justice et à l’économie.

Dans Rosemont aussi, Québec solidaire devra se doter d’une plate-forme en vue des élections. Cette plate-forme, nous ne voulons pas la pondre en vase clos. Nous voulons impliquer les citoyennes et les citoyens de Rosemont dans son élaboration même.

Il y a une belle tradition qui est s’est établi à Québec solidaire et qui a commencé avec Manon Massé dans Sainte-Marie-Saint-Jacques avant de se poursuivre avec Manon Blanchard dans Taillon  et Dominique Ritchot dans Pointe-aux-Trembles. Cette tradition, c’est celle de la tenue d’assemblées citoyennes où  la population est conviée à discuter et décider des engagements de Québec solidaire.

Dans Rosemont, nous respecterons cette jeune tradition, parce qu’elle correspond à la vision même que nous avons de la démocratie. La démocratie, ce n’est pas seulement pouvoir voter à tous les quatre ou cinq ans, au moment décidé par le premier ministre. La politique, c’est d’avoir la possibilité réelle de participer aux décisions qui nous concernent.

Notre plate-forme locale reste donc à élaborer. Permettez-moi toutefois de nommer quelques enjeux qui devraient, à mon avis, s’y retrouver.

  • L’élargissement de la démocratie bien sûr, avec l’engagement de tenir au moins une assemblée citoyenne par année pour rendre directement compte à la population et lui donner l’occasion de se prononcer sur les priorités qu’un député de Québec solidaire devrait porter à l’Assemblée nationale.
  • Le développement du logement social, en permettant la réalisation des 1000 logements sociaux que les organismes communautaires réclament pour le quartier Rosemont. Ce travail est bien amorcé. Il faut le poursuivre, entre autres, par la transformation de l’ancien Hôpital Bellechasse en logement social. Il faut aussi s’assurer que les logements sociaux qui sont réalisés sont réellement accessibles aux personnes et aux familles à plus faible revenu.
  • L’augmentation du financement du transport en commun pour en permettre un développement accéléré et le rendre plus accessible financièrement. À Montréal, les tarifs du transport en commun ont augmenté de 30 % en cinq ans, comme le rappelait aujourd’hui même une manifestation de groupes communautaires. La priorité gouvernementale doit aller au transport en commun, pas à des projets qui accroissent la dépendance à l’automobile, qui augmentent l’émission de gaz à effet de serre et qui encouragent l’étalement urbain. C’est pourtant le cas avec le prolongement de l’autoroute 25 que le gouvernement Charest cherche à imposer contre la volonté de la population et des élus de Montréal.

Je veux terminer en lançant un appel à l’ensemble des membres et des amis de Québec solidaire. Comme vous le savez, nous sommes un jeune et encore un petit parti. Nous avons de très minces ressources financières. Notre force, c’est vous, c’est nous toutes et tous. Nous vous demandons de vous impliquer, à la mesure de vos moyens, de vos capacités et vos disponibilités. Nous vous demandons aussi d’en parler autour de vous, de susciter des adhésions, des contributions, d’autres implications.

Nous serons en campagne électorale, peut-être dans quelques jours, peut-être dans quelques mois, mais c’est dès maintenant que le travail commence. Merci.

Vive Québec solidaire.

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